En coulisses : La part de l’auteure

par Stephane Perruchon, atelier porte-jarretelles Cervin, Montpellier, février 2014

En attendant le manuscrit du chapitre cinq, je vous propose de revenir en coulisses avec moi.
Prenons un café. Ou un thé. Je devrais me remettre au thé…
Asseyons-nous, entre amis.

J’ai quelque chose à vous avouer : Je ne suis pas mes personnages.

Cela peut paraître évident pour certains, et beaucoup moins pour d’autres, mais il est essentiel de clarifier ce fait.

De nos jours, à l’ère de l’internet et des réseaux sociaux, les gens sont très accessibles. C’est merveilleux, d’ailleurs ! Il est super sympathique de pouvoir converser avec un comédien, une personnalité politique, une bloggeuse ou un écrivain.
Je clame être une romancière 2.0, et j’en suis très heureuse.
C’est inspirant et motivant d’avoir un échange avec les lecteurs et lectrices. D’avoir nos petits délires ensemble, d’avoir vos avis, vos ressentis. J’adore !

J’écris pour vous.
Pour moi, oui parce que j’aime cela, mais c’est pour vous.
Pour vous faire rêver et sourire. Pour vous distraire et vous faire frémir.
Mais, ce sont des fictions, vous savez ?

Je n’embrasse pas des inconnus dans la rue (en référence à ma nouvelle « Tout Feu Tout Flamme »), même si  j’en serais parfaitement capable.
Je ne suis pas dominatrice à mi-temps. Si nous prenons l’exemple de l’héroïne de mon roman en cours…

Si mes personnages paraissent parfois si réels – si je puis dire- , si cohérents, c’est bien parce que je leur donne une part de moi. Mais ils ne sont pas moi pour autant.

Prenons Daphné, donc.
Elle est plus jeune que moi. Plus brune, à la peau plus blanche, et à la silhouette plus gracile. C’est volontaire, pour accentuer son côté jolie poupée, jeune fille après l’âge. Et elle en joue parfaitement.
Je lui ai certes légué une grande partie de mon impossible caractère. Ses caprices sont parfois l’extension de mes aspirations. Sa préciosité au quotidien est quelque chose qui m’amuse dans la vraie vie de temps en temps.
Sa vision des hommes et de l’amour sont une parcelle de ce que j’ai pu ressentir, ou penser, souvent.
En tout cas, nous partageons les mêmes goûts pour le vin blanc, les chaussures, le café et les mâles.

Mais dans la vie de tous les jours, je ne suis pas une petite princesse parisienne.
Je suis une coquette trentenaire habitant le Sud de la France. Avec les cigales et tout.
Mère de famille. Maîtresse d’un énorme chiot. Et qui met du rouge à lèvres même pour aller cueillir des champignons dans les bois.
C’est un gros raccourci, mais cela donne une idée.

J’ai conversé cette semaine avec des amis, jeunes auteurs comme moi, sur le sujet. Et constaté que la confusion se fait pour eux également. Parfois dans une moindre mesure.
Alors j’ai envie de me questionner, de comprendre à quoi cela tient. Et j’ai quelques débuts de pistes.

  • D’abord, mon choix de narration.

Depuis quelques années, et je ne remercierais jamais assez celui qui m’a inspiré ce changement, j’écris à la première personne du singulier. « Je ».
Particulièrement pour Daphné, cela me permet de décrire l’univers sous un angle précis et intime. Et je trouve ça plus intéressant. J’ai envie que le lecteur se sente proche d’elle. Derrière son épaule, contre sa peau. J’ai envie de faire partager non seulement ce qu’elle voit et ce qu’elle pense, mais aussi ce qu’elle ressent. 
Alors, il est facile de se méprendre, forcément. Et de penser que je suis Daphné et que je raconte quelque chose d’autobiographique.
C’est aussi flatteur que perturbant quand on me dit après avoir lu mon manuscrit « C’est pas possible, t’as une double vie ? »
Non.
Enfin si… dans mon imagination seulement.
Cela veut dire que mon personnage a de l’épaisseur, que mon histoire tient la route et que le lecteur est conquis. C’est chouette !
Mais cela veut aussi dire que l’on ne sait pas –plus ?- qui je suis.
Où s’arrête l’auteure et où commence le personnage.

  • Un second point, et qui accompagne le premier, c’est que je me documente. 

Les adeptes du BDSM reconnaissent dans le chapitre deux, par exemple, des rituels de leur milieu.
Je ne pouvais pas créer une petite dominatrice –même light !- sans me renseigner sur l’univers en question. 
Je suis d’une nature curieuse, et j’ai été apprentie journaliste. J’ai donc enquêté, posé des questions, discuté avec des pratiquants et découverts énormément de choses sur le sadomasochisme. Notamment le fait qu’il y a des milliers de nuances et de degrés dans les pratiques. 
J’ai beaucoup de respect pour les adeptes du BDSM. Très sincèrement. Et je suis heureuse d’avoir compris quelques bribes de leurs désirs en la matière. C’est ainsi qu’est née mon idée de Daphné.
Mais ! Je me documenterais tout autant si je voulais parler de vaudou, ou de meurtres en série. Alors, me demanderait-on si c’est autobiographique aussi ?

  • Troisième point : l’érotisme.

Ah oui, je suis auteure de romance et j’adore écrire des scènes érotiques.
Toutes sortes de scènes d’amour, à dire vrai, à partir du moment que cela sert l’histoire. Peu importe le sexe pourvu que nous ayons l’ivresse !
Ainsi, il m’arrivera d’écrire des rapports saphiques, par exemple. Et d’y mettre toute ma sensibilité et mon imagination.
Il m’arrive d’écrire des scènes franchement coquines, peut être même décalées. Inspirées plus ou moins de faits réels et fantasmés.
Cela reste, encore une fois, de la fiction.
Fouetter des hommes qui jappent comme des toutous, pendant mon petit déjeuner, n’est pas ma tasse de thé. De fait, je vous l’ai dit,  je préfère le café…

  • Quatrième point : 2.0

Cette proximité entre nous brouille un peu les codes et les limites. C’est vrai.
C’est une chose formidable, mais c’est aussi un élément nouveau de nos comportements sociaux.
Il n’y a pas si longtemps, et cela arrive encore, l’auteur était un artiste au fond de son antre. Inatteignable. Et peut-être un peu froid. En tous les cas seul et sur un piédestal.
L’écriture, de fait, est un exercice solitaire. Et ça n’est pas tout à fait un métier comme un autre.
Alors il est sujet aux mythes et aux interrogations diverses. 
Ce processus de création mystérieux est relativement tabou. Histoire d’éviter de nous faire interner. 
Je me sens un peu folle, vous savez, parfois, avec tous mes personnages que j’aime et je connais comme s’ils étaient des amis ou des membres de ma famille.
Partager avec vous, discuter avec vous, rend le travail d’écriture plus concret. Grace à vous, je ne suis pas seule face à cette histoire. Je vous la raconte et nous en parlons. Vous m’inspirez !
Pourtant, cela ne reste qu’une histoire. Pas un fait.

  • Cinquième point, en espérant que je me trompe : Je suis une femme.

Je ne me trompe pas sur mon genre, évidemment ! 
Mais j’espère me méprendre quand je présume qu’une des raisons pour lesquelles on peut faire l’amalgame entre mes personnages et moi est justement mon sexe.
Je ne suis pas convaincue que le trouble se fasse de la même façon pour un auteur masculin. Même s’il écrit de l’érotisme. 
Quoi qu’un ami me confiait que ses lectrices le prenaient pour un dépravé à cause de ce qu’il écrit…
Savez-vous que le Marquis de Sade n’a que très peu vécu de tout ce qu’il a écrit ? Certaines choses, d’ailleurs, pas du tout. 
Le fait que je sois une femme qui écrit des textes érotiques autorise-t-il les quelques propositions ou invitations inappropriées que je reçois ? 
Messieurs de mes lecteurs qui mélangez tout, je vous en prie, reprenez-vous.
Les femmes qui me lisent, curieusement, ne me posent pas ce type de souci. Heureusement tous les hommes non plus.

Bref, mes chers amis, vous avez compris l’idée.
Oui, j’avoue, j’admets, je mets BEAUCOUP de moi dans mes histoires. Une touche de tel défaut là, une pointe de tel gout ici, un soupçon d’expérience chez lui, un brin de mes rêves chez elle…
Mais mes personnages ne sont pas moi. Je ne me cache pas derrière eux pour vous raconter ma vie.

D’aucuns diront donc que toute œuvre de fiction est un peu autobiographique.
C’est vrai, vu ainsi.
Si peu. Je vous l’assure.

Je signe mes écrits de mon vrai nom parce que je vous fais confiance.

Je m’appelle Julie Huleux, oui.
Et je suis romancière.

romancier, nom
Féminin : romancière.
Sens : Personne qui écrit des romans [Littérature].
Synonyme : écrivain, auteur

2 Replies to “En coulisses : La part de l’auteure”

  1. Coucou Julie merci pour cet échange je vous confirme que j aime beaucoup ce que vous écrivez a travers vos écrits toutes les femmes se retrouvent un peu merci encore pour ces bon moments que nous passons ensemble …je me comprends avec vos ecrits

  2. Bonjour ma chère Patricia.
    Et encore une fois, c’est moi qui vous remercie de me lire. ♥

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