Qui trop embrasse…

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Qui trop embrasse mal étreint.

Connaissez vous l’expression ?
En aparté, je suis folle de proverbes et maximes. Ou de jeux de mots, mais cela n’a rien à voir.

A entreprendre trop de choses en même temps, on ne parvient à en finir aucune.
Ou pourquoi je cesse les concours de nouvelles pour revenir entièrement à mon roman.

Après mon premier jet du chapitre six de mon roman, j’ai eu envie de souffler.
De m’offrir une pause et de participer à deux nouveaux concours d’écriture: Les abeilles de Guerlain et l’annuel du magazine Nous Deux  …

Les deux concours se terminant mi décembre, et le déroulement de mon histoire étant dans un virage, le moment me semblait propice.

J’ai essayé.
Pendant dix jours.

La première semaine je me sentais épuisée. Déprimée, même.
Mon rythme d’écriture s’accélérant, les pages se noircissent plus vite que mon plan. Si bien qu’aujourd’hui, à la fin du chapitre 6, je sais où je vais, mais j’ignore encore comment.
Tout était structuré jusqu’alors, avec de petites plages d’improvisation permettant à mes personnages de « prendre vie ». Mais en écrivant davantage, et en enchaînant l’action, je me suis retrouvée au bout de la route toute tracée. Au bord du précipice.
Je savais qu’il y avait un chemin de l’autre coté. Et où il mène. Rien d’autre.

C’est la première fois que je ressens cela dans mon expérience d’écriture.
C’est aussi la première fois que j’écris un roman. Quelque chose de vraiment long, en comparaison de mes nouvelles et mes autres textes.  
Peut être est ce une sensation normale, en ce cas ?

J’ai combattu cette baisse de forme à coup de vitamines.
Comme si c’était si simple. Comme si c’était juste physique. Notons que les compléments alimentaires ne pouvaient pas me faire de mal.

Puis j’ai retroussé mes manches, bien décidée à me pencher sur le concours Guerlain au très beau thème de la mémoire olfactive.
J’avais prévu d’écrire une lettre. Avec mon Eve comme narratrice, s’adressant à son amour de jeunesse dont elle se remémore l’histoire. 
Voila qui promettait d’être intense !
J’ai donc tourné et retourné le début. Recommencé, réfléchi, peiné sur les mots.
M’est venue l’idée du ton un peu mystique, limite incantation vaudou.
J’avais même le titre : Invocation.

Mais ce fut mission impossible. 

La seule chose que j’avais à l’esprit, c’était Daphné sur la banquette arrière d’une voiture, s’adressant à Eric. Presque sur le ton de l’accusation.
 » Qui diable êtes vous ? « 

Sans même fermer les yeux je pouvais la visualiser.
Ses fines jambes croisées, sa jupe plissée écossaise qu’elle n’avait pas eu le temps de changer, son col roulé noir et son rouge à lèvres à moitié effacé. Sa peau blanche, aux joues rosies par l’adrénaline de la fuite. Ses grands yeux verts écarquillés par le choc ou ses sourcils froncés de perplexité. Ses boucles sombres en pagaille sur ses épaules secouées par une respiration haletante. Et ce mélange d’excitation et de peur qui lui noue le ventre en observant la belle nuque rasée de près de cet homme impassible à qui elle vient de confier sa vie.

S’impose à moi l’évidence : j’ai atteint le point de non retour. 
Quand on est allé trop loin pour s’arrêter ou faire demi-tour. Je suis toute entière dans cette histoire que je ne maîtrise plus. Et j’en suis grisée.
Il me faut la finir avant de pouvoir penser à autre chose. Parce que comme vous, qui lisez mes brouillons au fur et à mesure de mon avancement, j’ai envie de savoir la suite !
J’ai à peine plus de réponses que vous. Je sais juste la direction. Le reste ne m’appartient plus.
Alors de créatrice, je deviens archéologue, et je me mets à gratter cette histoire bout par bout. Avec l’obsessive précaution de rester cohérente. Pourvu que j’y parvienne…

La poupée vaudou et sa lettre d’amour sont rangées dans un tiroir.
Ainsi que mon idée de tango entre une couguar et un sexy rouquin pour NousDeux.
Tout cela verra le jour plus tard.

Le succès de « La Femme au Ruban » m’a apporté beaucoup de belles opportunités.
Et j’attends avec espoir de savoir comment se place « Tout Feu Tout flamme » dans les résultats du concours Etam.
Mais c’est fini. Je ne peux plus me disperser.

Là, maintenant, je suis sur l’écriture du septième chapitre de « Cadavres Exquis », et c’est une exaltante aventure ! 

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