Torride réécriture

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Je crois qu’il n’y a rien de pire, pour moi, que d’être en train d’écrire un chapitre et de m’y ennuyer.
Si moi-même, qui en suis l’auteure, je trouve le texte nul, comment puis-je espérer que ça plaise aux lecteurs ?!

J’en étais là, cette semaine, plongée dans un chapitre 10 qui se voulait érotico-sadomasochiste -mais qui était chiant comme la pluie-, quand j’ai appelé ma conseillère éditoriale (ma mère).
Je vous abrège notre conversation téléphonique pour en arriver à la conclusion: « Ma chérie, faut faire plus sexy. »

Et elle a raison.

Il y a deux semaines, je vous parlais de ma vision d’une bonne scène d’amour
Et j’en penses toujours chaque mot.
Mais Maman n’a pas tord. Mon texte est glamour sans être assez torride. Impossible de faire une chouette scène de chapitre 10 si l’ambiance et la tension sexuelle ne montent pas crescendo jusque là !

Un homme fort avisé m’a récemment fournis une recette magique qui fait écho à ce verdict. 
 » Pouvoir, Sexe sans limites, Argent, Franchissement de l’Interdit, Tout ce qui peut être impossible pour le commun des mortels. La norme étant ennuyeuse à mourir. « 

Ce que j’en tire, c’est l’audace.
L’audace est ce qui me fait rougir. L’audace est bien souvent ce qui nous fait défaut. L’audace est ce qui fait envie, rêver et fantasmer. 
Et donc l’audace est ce qui manque à mon roman.

Ma mère est une grande lectrice de romances. Ses goûts évoluent avec les tendances et elle s’adapte aux nouveaux modes de lecture. Elle est ainsi équipée d’une liseuse électronique, et échange des conseils de lecture avec d’autres amatrices sur des forums. Elle y a découvert l’auteure germano-américaine auto-éditée Tina Folsom. Me suggérant de lire ce qu’elle fait.
Elle m’a prévenue, parfois c’est un peu cru. Mais ça ne serait pas mal écrit et on est pris par l’histoire. En gros : ça fait le job.

Amazon. Premier volume de sa saga vampire (sexy) en gratuit.
Hop, chapitre un, première phrase du tout premier roman publié par cette écrivain :
« Laisse moi te sucer. »

 Je jure sur ma collection de chaussures que c’est vrai !

Bon, une fois cet effet de surprise passé, et en lisant plus avant, je me rends compte que ça n’est pas si cash en général que cette entrée en matière le faisait penser.
Very instructif…

En remontant les pages de mon journal de bord pour ce roman…
– oui, je prends des notes pour chacun de mes projets sur un beau cahier; car si j’écris sur clavier, je réfléchis au stylo plume-
Donc en remontant au début du premier journal pour « Cadavres Exquis », je lis « 17 janvier 2013 ». Le chapitre 1 date de mars de la même année. 
Une vie s’est écoulée entre temps ! (j’exagère à peine)
Et si les chapitres suivants ont mis longtemps à prendre forme, depuis 6 mois le rythme n’a fait que se précipiter.
Alors, il n’est pas illogique que je me sois beaucoup détournée de ma route initiale.
Comme le temps émousse bien des choses, il a pu émousser ma Demoiselle Exquise au point de trop lui arrondir les angles. Au point qu’elle n’ait plus autant l’air de la petite princesse dominatrice qu’elle est. Celle à qui on ne refuse jamais rien, parceque c’est son métier de l’obtenir, ou parcequ’elle est trop jolie/mignonne/adorable/chiante/irrésistible (ne rien rayer, tout est à prendre).

Il me faut donc rendre à Daphné son lustre, son toupet et ses désirs. Il faut qu’elle se lâche un peu et qu’elle ose ! Même quand elle est concernée personnellement, et plus seulement dans son rôle.

J’ai décidé de reprendre depuis le chapitre 8 jusqu’à réécrire le 10, pour insuffler plus d’audace sexy. Histoire que Mademoiselle s’amuse.

Prenons un exemple concret et facile. Chapitre 9.

 » Il ne sourit plus et observe la rue à travers les vitres qui se couvrent de buée.
J’ai comme un doute… il parle de boite échangiste ?

Ça, pour le coup, je me retiens de lui demander. Parce que franchement, je ne vois pas du tout – mais alors pas du tout du tout- comment on va improviser un rôle de couple à ce point-là. Nous ne nous en sortirons pas avec un misérable baiser de cinéma ! « 

Là, ça n’a plus du tout le même effet si au lieu de se retenir, Daphné formule.
 » Il ne sourit plus et observe la rue à travers les vitres qui se couvrent de buée.

– J’ai comme un doute… vous parlez de boite échangiste ? je demande sans détour. Parce que franchement, je ne vois pas du tout – mais alors pas du tout du tout- comment on peut improviser un rôle de couple à ce point-là. Nous ne nous en sortirons pas avec un misérable baiser de cinéma ! »

C’est tout bête, mais ça change tout. 
Des sous-entendus et une tension qui seront très amusants à jouer.

Autre exemple, même chapitre :
 » Les deux heures suivantes se déroulent en silence.
Je trépigne un peu, le manque de mouvement se faisant sentir dans mes extrémités. J’ai bien demandé à Eric de me masser les pieds pour faire passer les fourmillements, mais il a décliné avec un sourire poli, sous prétexte que ça n’était pas le moment. Il ne perd rien pour attendre, lui ! »

Alors là, c’est simple, comment Daphné peut se contenter d’un « c’est pas le moment » ?
Comment peut elle avoir simplement proposé et non exigé ce massage?
L’un des intérêts de ce personnage, l’un de ses travers les plus chouettes à mes yeux, c’est le fait que son rôle de dominatrice déteigne sur sa personnalité, et sa vie de tous les jours. On prend vite l’habitude d’être traitée comme une reine !
Le bel Eric ne peut pas l’impressionner au point qu’elle ne sache pas obtenir de lui ce qu’elle veut.

Elle va l’avoir le massage de ses ravissants petits pieds.
Un peu de fétichisme sans en avoir l’air ne nous fera pas de mal. ♥

Pas de scène de sexe gratuite. Non non. Mais on va laisser Daphné faire. Qu’elle reprenne les rênes. Qu’elle bouscule Eric, pour ne pas perdre totalement le contrôle de sa vie.
+ d’érotisme + de BDSM + de jeux de séduction + de culot + de love. Na !

Cette réécriture modifie ma démarche.
Elle me remet sur la voie. Me ramène à l’essence.
Il y a écrit « Plume Mutine » en haut de mon blog, nom d’un chien ! On ne va pas se satisfaire de quelques minauderies !

Torride, Julie, torride !

3 Replies to “Torride réécriture”

  1. Superbe Julie ! On (les auteurs) peut en prendre de la graine ! Savoir se remettre en question et sur les bons rails demande une vision que tout le monde n’est pas prêt à accepter (ou refuse de voir). 😉

  2. Merci Jean-Philippe pour tes encouragements ! ♥

    Quand on est auteur comme toi et moi, dans une optique professionnelle, il semble logique de vouloir apporter un maximum de plaisir à son lectorat.
    Nous écrivons pour nos lecteurs. Pour leur apporter de l’évasion, de l’aventure, un peu de réflexion…
    Alors ne pas se remettre humblement en question et refuser d’améliorer notre travail seraient des non-sens !

    Rien à voir, mais j’ai pensé à toi en découvrant Tina Folsom: Une auteure indépendante best-seller !

  3. Une saine prise de recul pour que tout le monde y trouve son compte ! Lecteurs comme auteurs…

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