Après l’écriture d’une scène érotique

Cliché de 2012. Ma première séance photo avec Emmanuelle Fréget

 

Après l’amour, juste après, quand c’est particulièrement intense et passionnel, c’est difficile de reprendre le cours normal de sa vie.
Dans une certaine mesure, l’écriture d’une scène érotique me fait cet effet là aussi…

Est ce que ça vient de mes études de théâtre et de cinéma ?
Est ce que c’est parce que j’ai une imagination extrêmement visuelle et sensorielle ?

Le fait est qu’à la manière d’une comédienne habitée par son rôle, après l’écriture des chapitres 11 et 12 de mon manuscrit « Cadavres Exquis », il m’était impossible de sortir de la scène.
J’y pensais sans cesse.
Je me sentais fragile, haletante, nue et à fleur de peau en permanence…
Pratique au quotidien, n’est ce pas ?

Ces chapitres mènent au nœud dramatique majeur final du roman. Je les voulais puissants.
L’érotisme est monté crescendo depuis le chapitre 8 pour mener à cette scène.
A quelques paragraphes en suspens. A quelques grammes d’apesanteur fantasmagorique.

Sans tout vous dévoiler, mon héroïne, Daphné, se trouve dans un club BDSM très select et distingué, avec deux autres personnages importants. Ils sont à la recherche de quelqu’un, et sont là en infiltration.
Mais les choses dérapent. La sensualité inhabituelle du lieu, des adeptes, des hôtes, mène notre trio à se lâcher, et à oublier un peu trop leur mission.

C’est un point culminant nécessaire pour faire une cassure nette avec le chapitre 13, d’un style et d’une action totalement différents pour aller jusqu’aux chapitres de dénouement.
Mais comment je fais, moi, alors que je suis possédée par l’odeur, l’ambiance, le goût et le sexe de la scène dans le club privé, pour poursuivre l’écriture de l’histoire sur autre chose ?!

Cela m’a pris dix jours !
Il a fallut tout ce temps pour que l’effet s’estompe tout à fait, et que je puisse mobiliser mon inspiration et mon travail sur un autre rythme.

En toute sincérité, j’expérimente ce genre de sensations après d’autres types de séquences.
Après le chapitre 4 (maintenant renuméroté 5 dans la version finale du manuscrit), qui était une scène d’amour, je flottais sur un petit nuage orgasmique.
Ou là, par exemple, le chapitre en cours est un peu morbide, et je me retrouve incapable de manger de la viande depuis trois jours.

Nous autres, auteurs, ne vivons pas tous notre travail de la même façon. Ni avec les mêmes techniques. Mais pour transmettre un univers le plus réel possible, aussi fictionnel soit il, il faut nous mettre à la place des personnages.
Pas pour vivre ce qu’ils vivent, mais pour imaginer ce que cela fait de…
D’où le parallèle que je faisais plus tôt avec les acteurs.
Je ne suis pas Daphné, et Daphné n’est pas moi.
Pourtant, je me glisse contre elle, dans sa peau, pour raconter son histoire.

Cette incarnation temporaire ne peut pas être sans aucun effet secondaire.
Heureusement (ou pas…), cela passe.
Comme après l’amour, quand le rythme de notre cœur et nos émotions se calment enfin, au bout de quelques minutes ou quelques heures; nous esquissons un sourire ravi, et reprenons le fil tranquille de notre vie.
Jusqu’à la prochaine fois.

6 Replies to “Après l’écriture d’une scène érotique”

  1. Pareil quand on lit certaines histoires…
    Il est parfois impossible de redescendre de ce petit nuage de cette sensation de bien être …juste après …
    Magique ces instants là 🙂

  2. J’aime mettre un soupçon de moi ou de mon vécu, à un moment ou un autre de l’histoire, dans les personnages, les lieux, les « moyens »… et savoir que les lecteurs ne détecteront pas forcément l’élément personnel ! 🙂

  3. Ces moments là sont magiques à lire, et parfois aussi à écrire. Mais quand même, à vivre, ça n’est pas toujours évident ! 🙂
    Oh, je ne me plains pas. Disons juste tout haut ce qui est délicat à avouer..

    Après, comme Plume d’Envies, forcément, il y a une part de moi dans ce que j’écris… C’est bien tout l’art de la chose.
    Je pense que tous les auteurs font ça, plus ou moins consciemment.
    La différence notable entre chacun d’entres nous tient en la capacité de maîtrise de cette part de nous que l’on « donne » .

    Moi, je le confesse, je ne contrôle plus rien en la matière… ^^

  4. Comme c’est vrai ! Que ce soit pour les scènes d’amour ou les autres, je me mets toujours à la place de mes personnages pour mieux rendre leur histoire vivante. L’idée de livrer une petite part de moi-même, bien cachée dans le texte, me ravit. 🙂 Et c’est vrai aussi qu’il est délicat de revenir à la réalité après une scène importante, que ce soit du sexe ou une scène poignante. Je suis heureuse de voir que je ne suis pas la seule à me livrer ainsi dans mes romans !

  5. Bonjour Anna Lyra !
    Chère collègue Harlequin ♥ (on va être publiées chez eux cette année toutes les deux !)

    Humblement, je crois que nous vivons tous plus ou moins cette « incarnation ».
    Espérons qu’avec l’expérience, on s’en sorte plus facilement.
    Encore que…
    J’aime ce grain de folie unique que notre travail nous confère.
    Non?

  6. Je souscris à 100% ! ^_^

    Eh oui, bientôt collègues Harlequin… Comme c’est agréable de partager cette expérience avec des consoeurs de plume ! Je suis ton blog depuis quelques temps, et il me tarde de découvrir ton roman.

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