Je ne veux pas rester sage

"ribbon" par Mathadogg sur DeviantArt

Une évocation, plutôt qu’une véritable nouvelle. Une autre femme au ruban…

Texte ancien, remanié récemment.

Je ne veux pas rester sage

Oui…
Je ne devrais pas être ici. A me donner, à m’oublier, dans les bras d’un autre.
Les yeux clos, je savoure la sensation de plénitude. Il lui suffit de quelques minutes pour effacer le reste de mon existence. Quelques instants à embrasser ma peau comme il goûte un fruit, à me caresser comme il effleure une statuette porte-bonheur, et à se fondre dans mon corps, là où est sa place…

Je
Le sens. Me sens. Prend vie telle une poupée à qui un djinn viendrait d’accorder une âme.
Respire. Soupire. Marionnette sans ficelles qui s’anime et ondule sur lui. Doucement, lentement, progressivement.

Ne
Pas brusquer la vie qui coule en moi. L’air qui nous enveloppe. Nos mouvements mêlés.
Tous les gestes charnels que je dois réapprendre et redécouvrir. Ma flamme était éteinte…
Je viens, et reviens, parce qu’avec lui, je n’ai pas de limite. Parce qu’il me donne la main sur le chemin de l’orgasme sans jamais chercher à me devancer ou à me pousser.

Veux
Que ses doigts s’incrustent sur mes hanches, sur ma taille, alors qu’il accompagne mon flux et mon reflux. Qu’il marque ma peau comme ses yeux  laissent une trace indélébile dans mon esprit.
Qu’il m’aime. Même si je le sais, même si ça n’est pas permanent, je veux qu’il le crie, qu’il le jouisse à mon oreille.
Son souffle court m’électrise comme la première fois. Dans des moments inattendus de mon autre vie, il resurgit. Fantôme d’une respiration haletante de désir, qui me rend fébrile en un frôlement secret.

Pas
D’autres sons que nos gémissements. D’autres bruits que le contact de nos corps et le froissement des draps.
Pas d’heure, de contrainte, d’habitude, de routine, de gêne, de position préférée, de détail auquel faire attention.
Ni peur ni honte, quand j’accélère le rythme de ma danse ardente en lui souriant, sentant la corde de mon plaisir se tendre, à l’instar du sien au cœur de mon être.  Ses mains se lient aux miennes, quand je tangue, transportée par ma houle. Il me sauvera si je me noie. Il sombrera avec moi.

Rester
Là. Comme ça.
Le roulis m’enivre et je sens la vague qui va me submerger. M’engloutir.
Pêcheur et pécheresse, nous cherchons la lumière. Ce plaisir si puissant que l’on ne trouve qu’avec le temps, au fond de l’écrin ; bougeant en symbiose, épousant la cadence que l’envie nous impose.
Tension de chaque muscle. Tremblement de chaque extrémité. Là, tout près.
Là, enfin, tsunami dépassant mes espérances. Si intense. Si violent. Il me dévore et je meurs d’extase.
Je hurle, ris, pleure. Un sourire sur ma bouche qu’il embrasse, mes yeux étonnés bordés de larmes.
Vague apocalyptique  qui nous malmène, nous emporte…
Et je m’échoue, frémissante, sur la plage de sa peau moite.

Sage
Il faut bien que je revienne à moi, quelque part sur terre.
Je sais pourtant que je suis allée bien trop loin… Quand sa voix rauque me susurre des merveilles d’émotions, je comprends que nous sommes pris au piège.
Liés, lui et moi, par cette drogue qu’est notre luxure. Par ce ruban ivoirin que je noue à son poignet en souvenir d’aujourd’hui.
Attachés l’un à l’autre.

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