La Love Compagnie #1 : les premières pages !

La Love Compagnie

Depuis le temps que je vous en parle, je peux enfin vous présenter ma nouvelle fiction !

 

“ Ouvrir les yeux. Essayer. Apercevoir des flashs de lumières colorées. Refermer les paupières lourdement. Déglutir avec difficulté, et se passer le bout de la langue sur les lèvres sèches pour y trouver le goût du sang.
Commencer à paniquer. Respirer fort, et, tout à coup, prendre conscience de la douleur. Expirer un râle minuscule.
Puis, entendre une voix…
D’homme.
Inconnue.
Entre les cils pesants, le voir à moitié. Le deviner.

— Mademoiselle ? Vous m’entendez ? Je suis pompier, Mademoiselle. Vous avez eu un accident. On va vous sortir de là.
— Oui ?
— Oui, dit-il en poussant un soupir soulagé avant de s’adresser à l’extérieur. C’est bon, les gars, elle est consciente ! ”

 

Rencontrez le Caporal-Chef Loys De Taillac et ses équipiers : Maxime, Ryan, Sanata, Amandine et Adrien.
Tous sapeurs-pompiers d’une caserne de Paris.
Et suivez-les dans l’intensité de leur vie quotidienne, autant professionnelle que privée…

Secourir est leur vocation.
Tomber amoureux est une bien belle option.

 

 

Ça sort dans quelques jours… mais en attendant…

* Roulements de tambour…. *

Tadam ! Les dix-sept premières pages  !

La Love Compagnie – épisode #1

 

L’enfer est un samedi d’été, dans un institut de beauté.
C’est du moins la définition qu’en fait cette jeune femme, prénommée Catherine, employée dans un centre de soins esthétiques.

Les samedis sont des journées longues. D’autant plus aux beaux jours, où l’institut ne ferme pas ses portes avant 21 heures. Depuis ce matin, la petite salariée modèle arrache des poils à la pelle –à la cire ou à la pince, en fait, mais c’est tout comme– sur des dizaines de clients. Hommes et femmes confondus, impatients de profiter de leur belle peau toute nette au soleil.

Les soins plus intéressants sont confiés aux esthéticiennes expérimentées. Son tour viendra. Et, ma foi, les poils repoussent. Il faudra toujours en ôter… Catherine sourit en y pensant. Quelque part c’est rassurant sur son métier et son avenir.

À vingt-cinq ans, elle est plutôt fière d’elle. Confiante, aussi, se dit-elle en posant son sac à main rose sur le siège passager de sa petite voiture citadine.
Elle a un travail et un contrat durable, quand beaucoup de ses amies sont encore en stages non rémunérés ou à faire du baby-sitting.

La journée n’était pas si pénible, d’ailleurs. Il fait beau, les gens sont de bonne humeur. Après un printemps morose, il était temps que cela change !
Saison favorable aux plaisanteries, aux confidences propres à faire rire les clientes ou amuser les clients masculins.
Vous n’imaginez pas tout ce qu’on peut raconter comme anecdotes à son esthéticienne. Ni ce qu’elle finit par avouer parfois, prise au jeu…

— Comment ? Une aussi jolie minette que vous n’a pas d’amoureux ?
— Pas en ce moment, non. Ou pas encore ! Attention, inspirez Monsieur Morlet…

Après l’arrachage de la bande de cire tiède dans le dos, Monsieur Morlet est un peu moins curieux. Et Cat, comme la surnomme avec affection son entourage, un peu moins gênée.
— Mais je ne cherche pas l’Amour avec un grand A non plus, a-t-elle assuré à sa collègue Mathilde.
— Juste un mec ferait déjà bien l’affaire.
— Pff ! N’importe quoi !
— Avoue, ça fait combien de temps que tu n’as pas… 
— Détrompe-toi. Pas plus tard que la semaine dernière.
— Han la coquine ! C’est qui, c’est qui, c’est qui ?
— Une nuit sans lendemain. Tu sais, on peut commander un homme pour du sexe aussi facilement qu’on commande au traiteur chinois aujourd’hui.
— Sur Smartphone. Directement. Hop !
— Voilà. Il y a des applications pour ça.
— La chance…

Une question de chance, peut-être pas. Mais c’est indéniablement une source appréciable de plaisirs.
Comme grignoter entre les repas. C’est bien, c’est très bon, mais ça n’est pas encore ça.

Soit. Il est l’heure de rentrer pour dîner, justement.
Quitter le petit parking sous-terrain, près du travail, pour rouler hors du quartier et de Paris. Elle en a, au bas mot, pour une heure et quart. C’est le prix à payer pour toute francilienne échaudée par les transports en commun. Le type en costume-cravate, propre sur lui, qui se frotte à vous dans le RER à l’heure de pointe, non merci !

Les samedis soirs, la foule entre dans Paris plutôt qu’elle n’en sort. Les bouchons sont dans l’autre sens, et avec la radio à fond, en chantant à tue-tête, Catherine est assez vite sur sa route de banlieue.

La musique sonne et résonne dans la petite voiture, pour tenir les nombreux kilomètres à parcourir. Sa conductrice combat les bâillements en dodelinant de sa queue-de-cheval, au rythme des mélodies pop-rap modernes.

Elle n’a vraiment pas la tête à sortir ce soir. Tant pis pour la chasse au Prince Charmant dans les boîtes !
Demain, dodo. Grasse matinée sous la couette avec le chat. Après une semaine pareille, c’est mérité.
Et au diable sa mère qui fait, en ce moment même, vibrer son téléphone portable dans son sac, pour lui rappeler qu’elle est attendue au déjeuner familial. Pas besoin de vérifier pour le savoir.

— Ma chérie pourquoi tu n’utilises pas le super kit Bluetooth que t’a offert ton père pour ton anniversaire ? On pourrait te joindre quand tu es en voiture ! avait-elle questionné plus d’une fois.
— Justement, Maman. Justement.

Vu le nombre d’accidents sur la route à cause d’un texto ou d’un appel, elle préfère être prudente. Le journal télé de Vingt Heures l’effraie déjà bien assez comme ça.

Mais ce qui l’effraie encore plus, ce sont les camions. Quand ils sont lancés à toute vitesse et agissent comme si le goudron entier leur appartenait. Les lignes blanches ne sont que des détails à franchir sans vergogne ?

Comme quoi. On peut être prudent de son côté…

 

 

Le chauffeur routier cligne des yeux.
Une seconde trop tard.
L’assoupissement l’a cueilli par surprise, alors qu’il roule depuis des heures en tirant sur la corde. Livrer du gasoil aux stations-service c’est traverser la France dans la journée sans rechigner. Tous les jours.

D’habitude il tient. À grand renfort de café, notamment. La Cibi pour causer avec les collègues routiers aussi. Mais surtout parce qu’il a quelqu’un qui l’attend, à la fin du trajet. Une femme sur Paris, une autre sur Marseille. L’amour, des calanques à la Tour Eiffel, ça vous garde un homme debout !

Et là… Il s’est endormi. Juste une seconde, Monsieur l’agent, je vous jure. La petite, je ne l’ai pas vue venir…

 

 

Le crissement des freins quand elle écrase la pédale de tout son poids. Celui, bien plus strident encore, des freins du camion-citerne, bloquant toutes les roues en vain. Le claquement des systèmes ABS.
Le coup de volant désespéré.
Le cri incapable d’éviter le danger.
Et le choc latéral.
Brutal. Violent. Métal lourd contre carrosserie légère.

Propulsée comme une canette de soda par un coup de pied rageur, la voiture blanche de Catherine exécute un tonneau et demi avant de s’encastrer, sur la tranche, deux roues en l’air et dans un équilibre plus que précaire, sur le rail de sécurité.

La radio marche encore.
La musique s’échappe d’une vitre brisée, puis la voix insouciante de l’animateur annonce le point information sur le trafic de la région. Avant une page de publicités…

 

Ouvrir les yeux. Essayer. Apercevoir des flashs de lumières colorées. Refermer les paupières lourdement. Déglutir avec difficulté, et se passer le bout de la langue sur les lèvres sèches pour y trouver le goût du sang.
Commencer à paniquer. Respirer fort, et, tout à coup, prendre conscience de la douleur. Expirer un râle minuscule.
Puis, entendre une voix…
D’homme.
Inconnue.
Entre les cils pesants, le voir à moitié. Le deviner.

— Mademoiselle ? Vous m’entendez ? Je suis pompier, Mademoiselle. Vous avez eu un accident. On va vous sortir de là.
— Oui ?
— Oui, dit-il en poussant un soupir soulagé avant de s’adresser à l’extérieur. C’est bon, les gars, elle est consciente !

Ses mains ont un contact étrange quand elles la survolent tout doucement. Elle ouvre un peu plus les yeux, défiante mais curieuse. La lumière du jour finissant lui paraît si vive qu’elle regrette aussitôt.

— Vous étiez seule dans la voiture ?
— O-oui.
— Comment vous sentez-vous, Mademoiselle ?
— Ça va… Je crois… répond-elle en essayant de parler plus fort.
— Vous avez mal quelque part ? demande le jeune homme après un petit sourire encourageant, les doigts frôlant son visage pour le dégager de ses mèches blondes défaites.
— Partout ? Ah. Surtout la tête. Et quand je respire.
— Ok. Ne bougez surtout pas votre tête. Laissez-moi vous la maintenir. Et racontez-moi ce qui vous est arrivé.
— Je rentrais du travail. Et ce camion au milieu de la route…
— Vous n’avez pas perdu connaissance ? Comment vous vous appelez ?
— Vous allez trop vite…
— Pardon. Je suis un peu inquiet. La position de la voiture est instable. Ne bougez pas.

Il tourne la tête sans lâcher celle de la jeune femme entre ses doigts gantés. Cette dernière l’observe sans y réfléchir. Juste pour avoir un point où attacher son regard. Un beau point. Un point brun, aux cheveux très courts. Avec une mâchoire ovale et rasée de près. Un point plutôt charmant, elle l’admet. Avec son nez un peu en trompette et ses lèvres bien dessinées. Une bouche qui parle à quelqu’un d’autre, d’ailleurs…

— Il faut me caler, Loys. Elle saigne.
— Un FPTSR arrive. Avec un autre véhicule VSAV du secteur, dit une voix plus grave et plus assurée, avant de s’éloigner pour s’exprimer dans une radio.

« Une urgence relative et une urgence absolue. Je répète : une urgence absolue. La victime est incarcérée. »

 

— Catherine, répond la blessée avec autant de difficulté que de décalage.
— Oh. Ok. Catherine, est ce que vous pouvez bouger vos membres ? Vous sentez vos doigts ?

Disciplinée, elle les remue doucement, une main et un pied après l’autre, sous le regard attentif du pompier.

— C’est bien. C’est très bien. Ne bougez plus.
— Ah. Il faudrait savoir, rétorque la jeune femme d’une toute petite voix fragile.
— Vous ferez de l’humour plus tard, dit-il avec un plus franc sourire.
— Promis…
— Restez avec moi, d’accord Catherine ? Ne perdez pas connaissance maintenant.

Elle se dit qu’effectivement ça serait dommage, mais comme elle vient de promettre de ne pas plaisanter…
Voilà bien le genre de trait d’esprit qu’elle aimerait avoir plus souvent. Surtout dans les bras d’un beau gosse !

— Max, je peux te passer le reste ?

Encore une autre voix. Encore un homme.

— Approche sans appuyer, Ryan. Par en haut, là, côté passager, tu peux ? dirige le premier pompier, sans même voir son interlocuteur.

Le visage d’un jeune homme apparaît alors par la fenêtre, un immense sourire découvrant ses dents blanches. Trop jeune au goût de Catherine qui fronce les sourcils.

— Il a l’air foufou comme ça, mais il est bien formé. Ne vous inquiétez pas.

Cette voix rassurante… Il fait ça toute la journée ? Combien d’esthéticiennes –pourtant si prudentes–  a-t-il déjà sauvées?

Sirène stridente, la blessée a un infime mouvement de surprise et ouvre des yeux troublés, pour tomber sur le regard serein du pompier qui lui tient toujours la tête.

Avez-vous déjà remarqué le nombre de premiers baisers qui ont lieu comme ça dans les films ? Le visage de la fille entre les doigts d’un bel homme qui vient conquérir ses lèvres entrouvertes. La pensée effleure Catherine à cet instant précis, et elle sent le rouge lui grimper aux joues dans un incendie secret.

— C’est le camion spécialisé. Avec des collègues, pour vous sortir de la voiture.
— D’accord.

 

 

Dehors, dans le soir troublé par les gyrophares et les quelques balises de signalisation déjà posées…

— Caporal-Chef De Taillac, Neuvième Compagnie, se présente l’homme à la voix assurée.
— Caporal Zefféri, lui répond une femme en uniforme en lui serrant la main avec fermeté. Je suis étonnée de vous voir sur le secteur. C’est un peu loin de Paris, non ?
— On rentrait de manœuvre d’entraînement quand on a entendu l’appel radio sur l’AVP, proche de notre position. Heureusement ! La victime est consciente mais mon équipier dans la voiture ne peut pas faire un bilan lésionnel dans ces conditions.
— Oui, heureusement, c’est vrai. On va vous caler le véhicule.
— Parfait, conclut-il en croisant les bras sur son torse.

Un mètre quatre-vingt d’autorité incontestée. De larges épaules et des postures toujours bien campées dans ses bottes, le Caporal-chef Loys De Taillac arbore volontiers un sourire en coin quand il prend la tête des opérations.

Ses cheveux blonds tondus courts contrastent avec les tignasses dépassant des casquettes rouges des sapeurs-pompiers volontaires arrivés en renfort. Fierté toute militaire…

— Objectifs de la manœuvre, annonce-t-il au Caporal Zefféri et au chauffeur de l’autre fourgon de secours venu les rejoindre, éviter l’aggravation de l’état de la victime, pour commencer. Me caler ce véhicule léger que l’on puisse faire entrer une bouteille d’oxygène à l’intérieur. Agir vite pour prévenir le suraccident et tout départ de feu. Le camion-citerne n’est pas endommagé. Aucune fuite, on a frôlé la catastrophe. J’ai tout sécurisé moi-même.
Vous pouvez vous charger du balisage de la chaussée ?
Bien.
Zefféri, il va falloir dépavillonner la voiture.
Et le médecin, il est en route ?

 

 

— Ryan, tu entends ce que dit le patron ? demande le pompier toujours auprès de la victime dans la 206 blanche.

Il ne la quitte pas des yeux, scrutant la moindre crispation de son visage.

— Ils vont nous caler avant d’ouvrir. Je dois descendre, Max. Je vais chercher les couvertures.
— Ok. On est bien là. On a tout notre temps. N’est-ce pas Catherine ?
— Ha… tente-t-elle de rire en réponse.
— Tut tut !
— Et vous, c’est Max votre prénom ?
— Maxime. Le diminutif fait un peu nom de chien, mais je suis habitué.
— Cat. C’est pas tellement mieux. Tiens, c’est marrant : Cat, chat, Max, chien… bref. Euh, j’ai la tête qui tourne ou la voiture bouge ?
— Les deux sans doute. Ils sont en train de stabiliser votre voiture dans cette position. Comme ça nous ne risquons pas de tomber dans le fossé si vous me faites rire.
— Haha… essaye-t-elle encore.

Catherine sourit en croisant à nouveau le regard amusé du beau Maxime. On se console de son sort comme on peut. Avouons qu’il y a pire vision.

Le grondement des moteurs dehors se fait oublier. Ainsi que les soubresauts mesurés de la 206 qui est en train d’être proprement calée et arrimée. La jeune femme a l’impression d’être dans une jolie petite bulle de douceur. Elle avait toujours pensé qu’un coup de foudre serait plus virulent…

— Catherine ? Non, non. Je vous ai dit de rester avec moi. Vous n’allez pas vous évanouir sous ma surveillance !

Elle cille.
Son battement de cils a visiblement duré cinq minutes, car quand ses yeux clairs se fixent à nouveau sur son interlocuteur, elle constate qu’ils ne sont plus seuls.
Ryan les a rejoints dans le minuscule habitacle. Aussi fin qu’agile, il se faufile sans difficulté. Ce garçon ne semble même pas majeur, avec sa bouille de chouchou.
D’origine maghrébine, la peau mate et les yeux noirs, même quand il s’affaire sérieusement à sortir une sorte de minerve d’un grand sac à dos, il pétille de jovialité. Il n’a rien du gamin racaille de banlieue. Tout du fils de commerçant. Naturellement avenant, plaisant et poli.

— Tu la glisses sous mes mains, pour immobiliser les cervicales de la victime, indique posément Maxime, ses longs doigts fermes tenant toujours la nuque gracile.

Il s’exécute, et le plastique froid remplace le contact chaleureux sur la peau de Catherine.
Si elle aimerait s’en plaindre, elle n’en a pas le temps. Max, à peine dégagé de sa première tâche, effectue des réglages sur une fine bouteille de gaz. Elle imagine que ça n’est pas du propane.

— Oxy à neuf par minute, précise-t-il à son collègue avant de tourner à nouveau toute son attention sur la jeune femme. C’est de l’oxygène, Catherine, vous respirerez mieux.

Il a coincé la bouteille entre les sièges et pose avec précision le masque à oxygène sur le visage de la blessée. Sans même y penser, par esprit pratique en vérifiant la compresse sur une plaie de son front, il chasse doucement quelques autres mèches blondes.
La demoiselle a le souffle court. Il ne se doute pas que ça n’est pas seulement à cause de l’accident.

— Couvertures posées ! annonce Ryan avec fierté avant de sortir du véhicule comme si c’était l’exercice le plus facile de sa vie.
— Des couvertures ?
— Les sortes de draps blancs qu’il a fixés autour de nous. Ils vous protègent des éclats de verre pendant que les collègues découpent le pare-brise. En parlant de couper…

Alliant le geste à la parole il découpe d’un coup de ciseau sans appel la ceinture de sécurité qui tenait encore Catherine à son siège. Elle ne risque pas de se lever pour autant, coincée comme elle l’est par la portière enfoncée et les cales douillettes qui ont été installées autour d’elle.
L’endroit est exigu et Cat réalise enfin comme Maxime s’est plié pour rester à ses côtés.

Elle respire goulûment l’air apporté par le masque alors que l’opération de découpe de sa voiture fait des bruits angoissants. Le beau pompier remplit un formulaire posé sur son genou, tranquille comme si de rien n’était.
Il a raison, l’oxygène lui fait du bien… Elle en divague presque. Ouvrir l’avant et le toit de sa voiture comme une vulgaire boîte de petits pois ? Pfff bagatelle ! Elle ricane dans son masque en découvrant les visages des nombreuses personnes qui se sont affairées sur sa pauvre petite auto, armées de pinces immenses et autres grands couteaux à dents.

Maxime se redresse pour aider à ôter les débris et les couvertures, tout en surveillant du coin de l’œil sa jolie patiente qui dodeline de la tête lentement.
Les mousses sont mises en place sur les angles coupants de la toiture ouverte, pour permettre l’approche du médecin et l’évacuation de la blessée.

— Le Docteur Payraud va vous ausculter rapidement, dit-il en montrant d’un mouvement du menton l’homme avec un gilet orange en train de lire le papier qu’il remplissait plus tôt. Peut-être même aurez-vous droit à une perfusion. Vous en avez de la chance, dites donc !
— Ça va me faire grossir, sourit faiblement notre petite esthéticienne en dégageant à moitié son masque.
— Ah, n’importe quoi ! Bon, je vous laisse entre de bonnes mains. On prépare tout ce qu’il faut pour vous sortir.
— Vous ne partez pas, hein ?
— Je suis juste là.

Elle acquiesce et il en profite pour s’extraire en souplesse de l’habitacle par l’avant.
Son chef l’y attend, les bras à nouveau croisés sous ses pectoraux. Il a supervisé toute l’opération de dépavillonage, et semble satisfait du travail des trois équipes.

 

— Dis donc, t’as pas un peu forcé sur l’oxy ? Elle a l’air shootée la demoiselle, demande Loys.
— Neuf… Peut-être, oui…

Haussement de sourcils du Caporal-chef, vaguement déridé devant l’embarras de son équipier.

Côte à côte sans rien ajouter, les deux hommes observent les quelques manœuvres restantes pour extraire Catherine de ce qui fut sa voiture. C’est le temps d’une courte pause. À peine quelques minutes pour retrouver un semblant d’accalmie après la poussée d’adrénaline de l’intervention.
Impossible de savoir à l’avance, lorsqu’ils arrivent sur le lieu d’un accident, la gravité de ce qui les attend. Un poids lourd contre un véhicule léger, ils avaient toutes les craintes quant à l’état des victimes…

Le Première Classe Maxime Tournier s’applique à se tenir aussi droit que De Taillac, qu’il dépasse d’une poignée de centimètres. Le jeune homme n’a que quelques années de moins que son aîné ; mais au-delà du grade hiérarchique, c’est l’expérience de Loys qui impose le respect. Max travaille avec lui depuis deux ans, et a appris à interpréter les coups de sang comme les silences de ce soldat du feu et secouriste d’exception.
Alors, là, campé dans la même position que lui, il apprécie de la même façon ce calme qui suit ce qui aurait pu être une atroce tempête.

Le camion-citerne est à peine abîmé, et ne présente plus aucun risque. Son chauffeur, indemne mais assez choqué, reste à regarder les moyens mis en œuvre pour sortir la jeune femme de sa voiture.

Gyrophares, berline bleu marine rayée de jaune fluo. Gendarmerie Nationale. Voilà de la compagnie rien que pour lui !
Légère inclinaison de la tête du Caporal-chef. Maxime lui répond d’un petit sourire désolé. La pause est finie.
Loys va accueillir les gendarmes et leur exposer la situation, comme il est d’usage lors d’un accident, pendant que l’autre pompier va rejoindre ses camarades sur la 206.

 

« Équipiers, êtes-vous prêts ? » « Prêts ! » « Attention pour lever… Levez! »

Catherine est allongée sur une planche dorsale et sortie en douceur de l’habitacle. Un bandage au bras lui maintient la perfusion en place. Couchée sur cette planche orange, elle a l’air encore plus pâle que tout à l’heure. Ses jambes nues et sa petite robe en jean clair tachée de sang.

La plaie à la tête est superficielle et ne devrait même pas laisser de trace. A priori aucun dommage interne. Tout juste une côte fêlée. Tant mieux, se surprend à penser Maxime. Pour le peu qu’il sait d’elle, il l’a trouvée sympathique et pleine d’humour. C’est peu courant ça, sur une intervention.
Une fille adorable à qui il est arrivé un petit incident de parcours. Rien de bien méchant. Dans une semaine, ça ne sera qu’un vilain souvenir. Et pour lui, une mission accomplie. Ni plus, ni moins. C’est son métier.

Les pensées sont aussi fugaces que les instants de répit. L’homme s’allie donc aux autres pour installer la victime sur un matelas d’immobilisation.
Il lance un regard  vers son plus jeune collègue, Ryan, qui était resté aux côtés du médecin. Le Seconde Classe Khaoulani, lève les yeux au ciel pour signaler le simple zèle de précaution.

— On va caler votre tête avec ça, Mademoiselle, annonce le Caporal Zefféri d’une voix douce.
— Vous suivez une formation spéciale pour ça ?
— Pardon ? Pour installer un coussin ? Euh… Oui, répond la femme-pompier que la question rend perplexe.
— Non, dit Catherine, pour le ton… Vous savez, cette façon que vous avez tous de parler… Comme votre collègue de tout à l’heure.
— Oui, rétorque le concerné qu’elle n’avait pas vu revenir. Après, c’est une déformation professionnelle, et on nous appelle pour endormir les enfants le soir.
— Alors vous, vous faites un drôlement beau marchand de sable !

Il secoue la tête lentement, amusé, alors que Zefféri esquisse une moue réprobatrice.

— C’est parti pour la dépression ? ordonne-t-elle plus qu’elle ne le demande.

C’est Ryan, absolument ravi, qui s’en charge avec la pompe.

 

Un brancard est sorti du véhicule de secours local, et ils sont bien trop de quatre pour soulever le matelas coquille avec sa blessée bien sanglée et protégée à l’intérieur.

Elle sourit. La lèvre inférieure fendue et craquelée, du sang séché dans les cheveux, les yeux fatigués par cette mésaventure et le temps qu’il a fallu pour la sortir de là ; mais elle sourit. À tout le monde, au destin… À Maxime.
Un sourire tellement sincère, sans la moindre trace de malice ou de calcul qu’il est impossible de ne pas y répondre.

— Vous m’accompagnez ? lui implore-t-elle tout bas quand ils s’apprêtent à charger le brancard dans le fourgon.
— Non, vous partez avec cette équipe-là. Ils sont du secteur, et vont vous conduire directement aux urgences les plus proches.
— S’il vous plaît ?

Cliquetis et roulements de la civière que l’on cale à l’intérieur du camion.
Maxime, déconcerté, cherche son supérieur du regard. De Taillac arque un sourcil. L’éclat de ses yeux bleus promet des semaines de railleries à venir.

— Tu te crois où ? À la Love Compagnie ? lui souffle-t-il, moqueur.

Oh oui, celle-là, il n’a pas fini de l’entendre.
Et Max le sait aussi bien qu’il a compris que le Caporal-Chef lui donne l’autorisation d’accompagner sa blessée.

 

 

Vous aimez ?
La suite, très très bientôt. Promis ! L’épisode complet va paraître ce mois ci  ♥
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