Coup de foudre à la caserne

Dans une note d’auteur accompagnant la première édition de La Love Compagnie 3, je raconte ma rencontre avec l’homme qui partage maintenant ma vie. Il est pompier, je suis écrivain et l’épisode 2 de ma série provoquait notre coup de foudre ! ♥

C’était il y a un an, très exactement. Pour fêter cet anniversaire amoureux, je partage avec vous cette petite histoire vraie.

 

NOTE DE L’AUTEURE

 

La réalité, parfois est plus facétieuse que ma fiction. Je vais vous raconter quelque chose qui m’est arrivé, et que jamais de ma vie je n’aurais osé écrire tellement c’est cliché.
C’était un jour d’automne, comme on en a souvent dans le sud de la France. Il faisait beau, encore chaud, et je portais des vêtements d’été.
J’étais en train d’écrire l’épisode 2 de La Love Compagnie. Je l’abordais dans le désordre, commençant par les scènes de romance et d’humour, et je préparais enfin la grande scène de l’incendie. J’avais un début de plan. Enfin disons plutôt juste un scénario de départ. Et j’avais besoin d’aide pour que la séquence en entier émerge dans mon imagination. Dans ces cas-là, il faut mettre les personnages en situation, et dérouler le fil logique de l’histoire, or dans une intervention de pompiers le fil logique c’est la procédure. Et comme je ne suis pas pompier…

 

L’après-midi même, j’ai garé ma voiture dans le parking de la caserne près de chez moi. J’avais pris soin d’appeler le matin pour demander quand je pourrais passer. Je n’étais pas attendue, mais je n’étais pas une surprise non plus.
Garée, donc, et d’attaque, je suis sortie de mon véhicule, j’ai lissé un pli sur ma jupe en lin rose, ajusté la fleur dans mes cheveux et attrapé mes affaires.

 

Je ne rentre que rarement dans la caserne. C’est un lieu de travail opérationnel. J’ai toujours rencontré les pompiers pour discuter dehors, à l’arrière, en face du parking. C’est là qu’ils font leurs manœuvres d’exercices.
Ce jour-là, quelqu’un s’entraînait à faire passer le fourgon d’ambulance en zigzag entre des plots, sous le regard d’un collègue qui lui hurlait des consignes, et celui d’un autre pompier s’offrant vraisemblablement une pause au soleil.
« Tiens, en voilà un que je ne connais pas » me suis-je dit en marchant vers le pompier assis. J’aime bien rencontrer un membre de l’équipe. Ils sont nombreux, et tous ces hommes en uniforme identique, à mes yeux de midinette, se ressemblent un peu.
Il était installé à la table de jardin en bois exotique, et il s’est levé à mon approche. J’arrivais, sûre de moi, du haut de mes petits escarpins roses. J’ai tendu la main, un sourire aux lèvres.
— Bonjour, Julie Huleux, écrivain.

 

N’est-ce pas dingue de se présenter comme ça ? Qu’a bien pu passer dans la tête de cet homme, face à moi, à ce moment précis ? Il a dû me prendre pour une cinglée.
Je me souviens de son haussement de sourcil surpris, de ses yeux tirant sur le vert, et de la façon discrète mais virile qu’il avait eu de se redresser. Et là, moi qui ai une mémoire à trous, je me rappelle très bien de l’avoir trouvé grand. Comprendre, dans mon cas de petite nénette : séduisant.

 

Nous nous sommes serré la main, il m’a dit avoir croisé un exemplaire de mon livre le matin même dans la caserne, et nous avons parlé de mon épisode 2.
C’était agréable d’avoir affaire à quelqu’un si prompt à répondre à mes questions. Si volontaire à m’aider. Il était diablement agréable à regarder, mais surtout une source précieuse d’information pour la romancière que je suis.

 

Rapidement ses collègues nous ont rejoints. Nous étions quatre, puis huit, à parler de mon scénario d’incendie, autour de la table de jardin. Je noircissais d’idées les pages de mon agenda, à défaut d’avoir pris mon cahier.
Le chef de centre est venu voir ce que nous faisions, m’a grondé gentiment de distraire ses hommes ; puis, vu l’heure, j’ai dû partir chercher ma cadette à l’école.
Le beau pompier, dont je n’avais même pas eu le temps de saisir le nom, terminait justement sa garde.
En réalité il avait fini depuis une heure, mais voulait rester là, avec les autres et moi, à parler de cet incendie fictif. Nous avons marché ensemble jusqu’au parking.

 

(Le dialogue, issu de mon souvenir, n’est peut-être pas totalement authentique)

 

— Je pourrai devenir votre consultant, si vous avez besoin de davantage d’information, m’a-t-il dit en ouvrant sa voiture.
— Avec joie ! lui ai-je répondu en lui tendant ma carte de visite. C’est quoi votre petit nom ? Que je vous demande directement la prochaine fois.
— Cyril.
Il a retourné ma carte entre ses doigts, où ne figurait que l’adresse de mon site internet.
— C’est le seul moyen de vous joindre ?

 

C’était finement joué de sa part, et je ne me suis doutée de rien. J’y ajoutai mon numéro de téléphone au stylo bic, et nous nous sommes quittés là-dessus.
Ça n’était pas le premier homme qui me demandait mon numéro. Et ça n’est sûrement pas le dernier. J’ai l’impression que c’est pour leur ego, pour épingler un 06 à leur tableau de chasse potentiel. Et je sais d’expérience qu’ils n’appellent pas.
Mais je n’étais pas encore arrivée à l’école primaire que j’avais reçu un texto de la part de Cyril.

 

À ce moment-là, je n’avais pas compris aussi bien que lui ce qui s’était produit. Aussi fou que cela puisse paraître, nous venions d’avoir un coup de foudre l’un pour l’autre. À trente-trois ans, c’était la première fois que cela m’arrivait pour de vrai. Et comme le personnage de Catherine, dans le premier épisode de ma série, je sentais bien que quelque chose se passait mais j’étais convaincue qu’un coup de foudre serait plus tonitruant…

 

Ainsi, Cyril et moi nous sommes revus. Nous avons passé six heures dans un café à élaborer ensemble le scénario complet de la fameuse scène d’incendie. Quand je l’ai écrite, il l’a relue, m’expliquant les erreurs opérationnelles, les détails que j’avais pu oublier… Si cette scène est si réaliste, c’est donc en grande partie grâce à lui.
Et s’il était si prompt à s’intéresser à mon travail, c’est que la petite romancière lui avait tout de suite – et sans le vouloir, je le jure !- tapé dans l’œil.
Il avait su reconnaître, lui, le bruit que fait un coup de foudre. Peut-être même l’attendait-il d’ailleurs.

 

Comme je m’amuse à le dire désormais :
La romancière est une héroïne de romance comme les autres !