De l’influence des éditeurs sur le développement de mes romans

Il y a des gens qui sont malheureux en amour. Moi, je suis malheureuse en édition.
Et j’espère toujours que ça va passer… Que la prochaine sera la bonne.

L’écrivain écrit l’histoire, mais –dans un parcours éditorial traditionnel– il ne fait pas le livre.
Non, celui qui permet à un manuscrit de devenir un livre, objet de papier ou numérique vous permettant de vous évader auprès de personnages attachants dans une aventure palpitante, c’est l’éditeur.

C’est la Maison d’édition qui valide ou pas l’histoire écrite en fonction de sa ligne éditoriale, de son public habituel et de ses recherches. En fonction du potentiel de l’auteur bien entendu, de son style, de la portée de son roman, et sans doute aussi un peu en fonction de sa personnalité.
Des centaines de manuscrits arrivent tous les jours dans les bureaux des éditeurs. La très grande majorité sera refusée, et quelques-uns sortiront du lot et donneront envie à un éditeur de proposer une offre de contrat à leurs auteurs.
Les Français aiment écrire, paraît-il.
Beaucoup d’appelés, très peu d’élus.

J’ai la chance, la détermination et la joie de faire partie des happy fews publiés.
C’est un fait. Et c’est aussi bien du travail. Car il ne faut pas penser que tout est gagné au premier contrat à compte d’éditeur signé.
Et surtout, il ne faut pas croire que « ça y est, je peux donner vie à toutes mes histoires ! » …

Cette chance et ce lien avec les éditeurs ont aussi un prix. Au-delà du pourcentage de droits d’auteur consenti, j’entends.
C’est l’éditeur, malgré toute la liberté créative qu’il laisse à l’auteur, qui dicte la route. Et quand un chemin n’est pas bien éclairé, que fait-on ?

Voyons des exemples très concrets et personnels. Vous allez comprendre pourquoi je suis plongée dans une telle réflexion…

 

J’ai une relation déconcertante avec mon éditeur chez City, avec qui j’ai signé La Love Compagnie à l’automne dernier.
Ce qui devait être une belle réussite et un partenariat prometteur pour faire éclore tout mon projet sur la série, s’est finalement vu plongé dans une profonde incompréhension.
La cause ? Entre autres : l’absence TOTALE de communication entre nous. Ça n’est pas faute d’essayer, car je n’ai de cesse de tenter de le joindre, par mail, sms, messages répondeur, depuis la réédition des 3 premiers épisodes il y a six mois, mais il ne me répond pas. Rien, du tout. J’ai réussi à obtenir l’image qu’ils ont utilisée pour la publicité Facebook en contactant son associé. Mais mon éditeur reste hors de ma portée.

Comment échanger avec lui sur mes projets d’écriture qui pourraient intéresser sa maison d’édition ? Comment lui soumettre mon plan pour le 4e épisode de La Love Compagnie (manuscrit compris dans le contrat que nous avons signé) ? Comment avoir quelques informations sur les ventes de mes livres publiés chez lui ? Rien sur une possible participation de City au Festival du Roman Féminin où je suis invitée. Rien concernant la communication autour de ma série. Je n’ai bien entendu pas été concertée pour les couvertures (que je trouve criardes), ou pour les résumés des épisodes qui comportent quelques erreurs. Que dire de ma biographie sur le site de City, où j’apprends que j’ai fait des études de journalisme ? Ah bon ? Non, j’ai appris mes notions de journalisme sur le terrain, lorsque je travaillais avec mon père en tant qu’assistante et pigiste.

Ça n’est pas ainsi que je vois la relation professionnelle entre un écrivain et son éditeur. Et cela dessert mes livres publiés chez lui, qui ne peuvent pas bénéficier de toute la communication qu’ils mériteraient.

À ce jour, je ne sais même pas si, comme il me l’a vendu au téléphone avant notre signature, une version papier de La Love Compagnie est en projet. City étant très bien diffusé en version imprimée (merci Hachette), cela serait formidable !

Ruminer ne fait pas avancer. Le vin était tiré, je l’ai bu. J’ai fait mon possible pour accompagner la re-sortie de mes livres, alors que la communication de la part de l’éditeur sur les réseaux sociaux était quasi inexistante.
Je l’ai bu ce vin, jusqu’à la lie. Jusqu’à l’écœurement devant l’indifférence de City. Et cela m’a ôté l’envie de continuer.
J’avais 6 épisodes en projet pour La Love Compagnie. Avec un petit spin-off en plus du roman Rouge. J’avais des plans prêts, des désirs artistiques, des personnages à qui donner la voix. Mais j’ai perdu le goût. Me donner autant de mal à écrire – car oui, écrire une histoire demande du travail, de la sueur et parfois du sang – pour que l’on ne m’accompagne pas ensuite dans l’essor des livres ?
C’était un coup à perdre même le plaisir d’écrire, tout court !

Alors j’ai pris une décision radicale et douloureuse : je mets fin à la série La Love Compagnie à ce 4e épisode.
Ainsi je ne renouvellerai pas mon contrat avec City. Et je me félicite chaque jour d’avoir refusé la foutue clause de préférence !

J’ai donc revu mes plans, décidé d’orienter le 4e épisode dans une certaine voie, pour traiter des sujets qui me tenaient le plus à cœur d’aborder concernant les pompiers : à savoir le danger de la vocation et la difficulté parfois d’avoir une vie de famille à côté.
Et pour conclure d’une belle façon, j’ai axé cet épisode sur le tout premier couple de la série, Catherine et Maxime.
J’ai ainsi retrouvé un sentiment de satisfaction et le plaisir d’écrire cette série. Je sais que les lecteurs et lectrices seront un peu tristes de ne pas voir La Love Compagnie se poursuivre sur d’autres épisodes, mais que ce dernier épisode ne les décevra pas.

Je suis en train de boucler le manuscrit, que je vais envoyer en lettre recommandée avec accusé de réception à City, pour être toute à fait sûre qu’il le reçoive dans les temps. Nous avions à l’époque convenu d’une sortie pour l’été. Mais je ne sais pas ce qu’il en est finalement.

Libérée de la série en elle-même et surtout de mon éditeur concerné, je caresse le projet de plus en plus concret d’écrire une sorte de suite à la série, sous forme de roman, davantage orienté sur la Romance sans doute, dont Loys de Taillac serait le héros. Voilà qui permettrait de retrouver les personnages de La Love Compagnie, pour notre plus grand plaisir à tous.

Voilà pour City. C’était le pire exemple.

 

Ma relation avec Harlequin est autrement plus agréable !
Miss Exquise, mon premier roman a été publié dans la collection numérique HQN en mars 2016. S’il n’a pas rencontré son public, ça n’est pas de la faute de la maison d’édition. J’ai bénéficié sur ce roman d’un lancement équivalent à celui de mes consœurs jeunes autrices de la maison. J’ai eu, en plus, la joie d’être invitée au Salon du Livre de Paris en 2016, où Harlequin avait fait imprimer 200 exemplaires du début du roman pour que je puisse dédicacer !

La couverture est superbe. Pour la confectionner, l’équipe s’est inspirée des images que j’avais soumises à mon éditrice. À vrai dire c’est tellement proche de moi, que je ne pourrais pas renier cette couverture.
Le titre est de moi également. Et c’est assez rare dans l’édition qu’on donne au livre fini le titre de travail du manuscrit original.
Le texte de 4e de couverture ne convenait pas, comme j’en ai parlé dans une précédente note de blog, mais après discussion avec la maison d’édition, le résumé a été réécrit.

Mais…
Mais j’ai besoin de plus. Plus de prise de risque de la part de l’éditeur. Plus de communication. Plus de publicité.
Pour être lu, il faut être vu. Si l’éditeur ne met pas le livre et son auteur en lumière, les lecteurs ne vont pas être curieux de le lire.
Harlequin, qui publie de nombreux titres tous les mois, ne peut pas promouvoir tous ses ouvrages avec la même force. C’est logique.
Et moi, et bien… Je ne suis qu’une jeune écrivain inconnue.

Miss Exquise n’a pas trouvé son public.
Les lectrices de la maison d’édition n’étant pas naturellement sensibles au Romantic Suspense. Et puis, et puis… c’est vrai aussi que je n’écris pas de la « pure » romance. Il s’agit davantage d’un roman féminin. Et c’est délicat à marketer…

Le roman a une fin ouverte. Pas un cliffhanger insoutenable car j’ai horreur de ça. Mais j’avais deux romans de suite en projets, des nouvelles aventures pour Daphné, qui sont mortes dans l’œuf à cause de ce fiasco.

Quand j’ai terminé le spin-off La Panthère Noire, initialement destiné à mon éditrice, j’ai décidé de l’autoéditer plutôt que de lui faire courir le risque de prendre la poussière sur une étagère, comme c’est le cas de Miss Exquise.

Il n’est pas impossible que je signe à nouveau un jour avec Harlequin, et mes rapports avec mon éditrice comme avec l’équipe Harlequin France sont excellents. Encore cette année nous nous sommes vus avec plaisir au Salon Livre Paris, nous conversons de façon très sincère et professionnelle.

Cela dit, je me suis appuyée sur une clause du contrat d’édition pour récupérer auprès d’eux les droits imprimés de mon roman. Ils ont peut-être été étonnés par la démarche, car ça n’est pas courant, mais m’ont rendu sans souci ce droit qu’ils n’exploitent pas.
Et après avoir discuté avec une autre maison d’édition la possibilité de publier une version papier du roman, j’ai décidé une fois encore de m’en charger seule.

J’ai repris Exquise dans mes bras. Comme on retrouverait sa fille partie loin et sans succès. J’ai envie de pleurer d’émotion, rien que de vous l’écrire ainsi…
Je vais retravailler le manuscrit pour lui apporter la maturité que j’ai acquise depuis sa première écriture. Lui offrir une nouvelle couverture, et le faire imprimer par Books on Demand avec qui je travaille tous mes livres autoédités.
Je vais prospecter, démarcher les librairies, les salons et les grandes surfaces. Placer mon roman en rayon. Lui donner ENFIN une chance de trouver son public. Vous donner à vous la chance de découvrir ce conte décadent et son héroïne piquante.

 

Je vais y consacrer mon mois de mai. Il sortira en juin !
Je compte sur vous pour l’ajouter à votre liste de lectures estivales. ♥

Mieux. Figurez-vous que j’ai à nouveau envie d’écrire les deux autres romans qui lui feraient suite.

 

J’assume toujours la tête haute mon statut d’auteure hybride. Je me dis même que c’est une chance, finalement. Sinon, mes malchances éditoriales m’auraient rendue inconsolable.
Mais j’y crois encore.
À cette relation de confiance future entre un éditeur et moi. Une relation de confiance qui serait couronnée de succès littéraires.
J’aspire toujours à cet avenir où je pourrais consacrer mon énergie à l’écriture, et laisser la promo, le marketing, la diffusion et tout le travail éditorial à la maison d’édition.
Je suis écrivain avant tout…

Cela viendra.
Tant que j’ai la foi, la force, et le plaisir de vous concocter de belles histoires.