Interview pour Mily Black

La romancière Mily Black est une de mes copines de plume.
Nous sommes publiées toutes les deux chez Harlequin, nous conversons beaucoup via Facebook sur nos vies d’auteures et nos manuscrits, et nous nous sommes rencontrées pour de vrai au Salon du Livre de Paris en mars de cette année.
Entre copines, nous avons plaisir à lire les livres des unes et des autres (d’ailleurs, il faut que j’ajoute un roman de Mily à ma pile à lire!), et Mily m’a fait l’honneur de chroniquer ma « Miss Exquise » lors de sa sortie…
Du coup, mes pompiers de « La Love Compagnie » l’ont tentée, elle y a goûté, et m’a ensuite posé quelques petites questions fort pertinentes.

 

Un café avec Julie Huleux
par Mily Black

 

1 – Comment t’es venu l’idée de la Love Compagnie ?

De retrouvailles !
Début 2015, un copain de collège et d’adolescence m’a recontactée. Quelqu’un avec qui j’étais extrêmement proche d’ailleurs. Mais la vie étant ce qu’elle est, nous nous sommes perdus quelques années… Et là, à la faveur de Facebook, nous nous sommes retrouvés !
« Tu fais quoi dans la vie ? Qu’est-ce que tu deviens ?
— Je suis devenu Pompier de Paris. »
C’était son rêve depuis tout gamin. Je l’ai toujours connu jeune pompier. Alors tu imagines l’accomplissement !
Bref, après ça mon esprit créatif a fait tilt. J’ai d’ailleurs créé un personnage librement inspiré de cet ami-là …

 

2 – Quel est le « but » de cette série ?

Le but ? Comme s’il y avait un message caché ? Oui, tu sais bien qu’il y a toujours quelque chose que nous essayons de passer à travers nos fictions, nous autres auteurs…
Je dirais que ce que j’ai découvert sur les pompiers, sur leur travail, leurs missions, qu’ils soient militaires, professionnels ou volontaires, mérite d’être connu. Cette série n’a finalement d’autre but que de mettre en valeur nos super-héros du quotidien. Au-delà du fantasme du pompier et du prestige de l’uniforme (sur lesquels je surfe avec joie), c’est leur dévouement et leur courage que je veux montrer. D’ailleurs, c’est la devise des sapeurs-pompiers volontaires : « Courage et Dévouement ». Celle de la Brigade de Paris est encore plus tranchée : « Sauver ou Périr ».

 

3 – Pourquoi les pompiers ? Et plus spécialement ceux de Paris ?

Une fiction mettant vraiment en scène des pompiers, ça ne se voit pas beaucoup. Et si j’allais au cœur des hommes, de l’uniforme ? Et si je prenais exemple sur les séries tv, comme « Urgences » « Grey’s Anatomy » ou « Chicago Fire » pour la formule authentique et technique? C’est ainsi que j’ai voulu écrire la chose, presque de l’intérieur, caméra au poing.

Paris, ensuite, s’est imposé à moi. Déjà par l’inspiration elle-même, puisque l’idée m’est venue avec un Pompier de Paris. Ensuite pour des raisons scénaristiques : la Capitale regorge de types d’interventions possibles. Entre les aéroports, le métro, les gares, les lieux touristiques, les habitations, les commerces, les bureaux, les routes et la population… tout y est concentré !
Après, ce choix me donne du fil à retordre, je te l’avoue, car il y a beaucoup de spécificités liées à Paris et à ses pompiers militaires que j’ai à étudier pour écrire…

 

4 – Pourquoi avoir choisi ce format en épisodes (nouvelle) ?

Au départ, cela m’a paru logique. Puisque je m’inspirais du format série TV, c’était normal de faire un découpage en épisodes plutôt que d’écrire un roman.
Cela me permet aussi une grande liberté, puisque je peux varier les personnages, les points de vue et les trames d’un épisode sur l’autre. C’est plus compliqué (et incohérent) à faire sur un livre de 200 ou 300 pages…

Mais au-delà de ça je me suis investie d’une petite mission : ramener à la lecture des gens qui ont perdu le goût et le temps de lire. La mise en page aérée de la série, les « chapitrages » courts, les épisodes qui peuvent se lire d’une traite en 2h ou par petits bouts pendant des semaines… J’ai pensé à une femme qui travaille, qui a peut-être des enfants à gérer en plus, et qui est découragée d’avance à l’idée d’ouvrir un pavé qu’elle mettra 6 mois à finir. Alors, cette femme-là, se pose devant la télévision le temps d’un film, après une dure journée. Cette femme d’aujourd’hui, qui ne lit presque pas ou qui ne lit plus du tout, je voulais lui offrir un retour en douceur vers le monde des livres, et vers son propre imaginaire.
J’y suis parvenue, et j’en suis très heureuse. Mais la surprise de taille, c’est que les grandes lectrices, dévoreuses de bouquins, apprécient aussi la série ! Et ces dernières sont frustrées par le format. Aïe !

 

5 – Le 14 Juillet arrive avec son sempiternel bal. Est-il au programme d’un des prochains épisodes ?

Je me rends au bal des Pompiers de Montpellier cette année. J’allie le plaisir de la fête au travail, car j’y vais pour essayer de capturer l’ambiance.
Tu devines que je vais donc inévitablement glisser un bal des Pompiers dans l’un de mes livres, héhé. Mais ! Ça n’est pas pour La Love Compagnie !
J’ai démarré l’écriture de mon deuxième roman, qui se déroule également dans l’univers des pompiers. Le personnage principal est un jeune Sapeur-Pompier volontaire dans le Sud de la France, et toute l’histoire se déroule en été. Le Bal du 14 Juillet sera donc une pièce importante du récit.
Note, j’évoquerais sans doute le bal de la Caserne de Montmartre dans un futur épisode de La Love Compagnie. Tout comme il y aura des passages liés à la confection du traditionnel Calendrier.

 

6 – Et la nutellation, ça vient d’où ?

HAHA !
La Nutellation est en passe de devenir une référence avec mes lectrices, et cela me fait follement sourire.
Pour la petite histoire, la nutellation est venue d’une conversation totalement débridée avec Louise Manet (une copine romancière chez Harlequin), Beli & Pando (les blogueuses de Livre sa Vie) et Clotilde (une community manager dans l’édition). Nous nous sommes retrouvées toutes les cinq dans un bistrot pour une soirée rencontre fin Juillet 2015 à Paris. Entre un serveur hyper craquant genre Channing Tatum plus jeune avec des supers beaux yeux bleus, les Mojitos en Happy Hours et les Tapas, j’aime autant te dire que nous étions déchainées. Alors en parlant écriture de romances et notamment de scènes érotiques, il me semble avoir évoqué des jeux sexuels avec de la nourriture, et par association d’idée le mot « Nutellation » a été formulé. Nous avons tant ri là-dessus que j’ai promis ce soir-là que je mettrais ça dans un épisode de La Love Compagnie.
Et comme je suis de celles qui font ce qu’elles disent… 😉

 

7 – On demande souvent aux auteurs quels sont leurs projets. Moi, je vais te demander de me décrire un non-projet. Quel est le type d’histoire, ou de scène, que tu ne pourras jamais écrire ?

C’est une excellente question, qui m’oblige à davantage de sérieux.
Je te réponds sans hésiter que je refuse d’écrire une scène de viol. Et une scène d’inceste, qui est aussi un viol d’ailleurs.

Je peux écrire beaucoup de choses, imaginer des tas de situations et me glisser dans la peau de bien des personnages. Des scènes de tortures physiques, de cannibalisme, de violence, de guerre… j’ai fait. Des scènes de sexe délicates ou brutales, je sais faire aussi. J’ai même tué des héros, et c’était affreux, j’en ai pleuré pendant des jours. Je peux écrire des horreurs, mais je pense que jamais jamais je n’aurais la force d’écrire un viol. Le lire m’est déjà insupportable. Je zappe quand il y a une scène comme ça à la télé.
Je n’ai jamais vécu une chose pareille, et j’espère que cela ne m’arrivera pas. J’ai mal quand je pense que cela se produit, tous les jours, à des femmes, des enfants, et même des hommes parfois. C’est une souffrance que je ne veux pas imaginer, au risque de la ressentir. Alors je ne veux pas l’écrire.
Peut-être est-ce parce que je suis une femme. Ou peut-être tout simplement parce que c’est un acte trop ignoble.

 

Merci Mily pour cette interview. J’ai adoré répondre à tes questions ♥