La Femme au Ruban

Je mets désormais à disposition pour vous ma nouvelle érotique, lauréate du concours WeLoveWords & TimeToSignOffParis en 2014.

 

« Et ce ruban rouge sang noué à mon cou devenait le symbole de ma totale liberté.
Un ruban, c’est innocent, précieux, anodin, sensuel, romantique, érotique, féminin… J’avais mis dans ce tissu soyeux toute mon essence.»
Comme plus de 4000 lecteurs, entendez le cri de liberté sensuelle de  La Femme au Ruban  .

 

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La Femme au Ruban

Je suis une femme.
Je pourrais être n’importe laquelle, coincée entre la trentaine et la cinquantaine, sans doute. Engluée volontairement dans la vie que je me suis choisie. La rassurante routine a fini par anéantir toute magie…

 

Et puis un jour, quelque chose s’est mis à gronder sous ma peau. Une pulsion, une vérité : que le plaisir, il faut se l’offrir, sans pitié, sans scrupule et sans complexe. Qu’il ne faut compter que sur soi pour être heureux, et ne rien devoir aux autres, en bien ou en mal, à la fin du parcours.
C’est ainsi que mes pas m’ont guidée jusqu’à la porte de bains libertins.
Ma robe noire de poupée, mes tout petits talons, mon maquillage discret, me donnaient un air sage. Et ce ruban rouge sang noué à mon cou devenait le symbole de ma totale liberté. Un ruban, c’est innocent, précieux, anodin, sensuel, romantique, érotique, féminin… J’avais mis dans ce tissu soyeux toute mon essence.
On m’accueille avec tant de gentillesse et de tact, que je me sens déjà à l’aise. En quittant mes vêtements dans le vestiaire, j’ai l’impression d’ôter un costume et de me révéler enfin. Ça n’est encore qu’une sensation, qui s’épanouira une heure plus tard, à mon premier cri d’extase.
Discussion en peignoirs et serviettes au comptoir. Volutes dansantes de la fumée d’une cigarette, parfum délicieusement corsé d’un bon café.
Je fais connaissance timidement avec un homme plus jeune que moi. Il est réservé et aimable, et quelque part, cela me rassure. J’avais pris soin de me renseigner par courriel avant de franchir le pas.
Le patron et son épouse me sourient, presque attendris.
« Oh, vous êtes la femme au ruban ? »
Oui, ça va me rester, et j’aime assez.

 

Une autre femme est avec nous. Torse nu, sa magnifique et plantureuse poitrine offerte aux regards. Sa peau a l’air si douce… J’hésite à lui demander la permission de la toucher.
Un couple entre, se déshabille, et s’éloigne vers les salles du fond. Le sauna peut être.
Dans ce lieu feutré, je me rends enfin compte que nous sommes coupés du monde extérieur. Qu’ici tout est permis et que tout est simple. Je ris, et souris, ma retenue et mes restes de trac me quittent petit à petit.
D’autres personnes arrivent, des habitués, et l’on se croirait dans n’importe quel café intimiste. Si ça n’est le fait que nous sommes quasiment nus, et qu’il y a des préservatifs neufs joliment présentés dans des vases.

 

Accompagnée du jeune inconnu, et d’un grand asiatique au sourire fascinant, je vais tester les bulles du jacuzzi. Le premier en face de moi, le second, à mes côtés.
Qui aurait pu deviner à ce moment-là, alors que nous échangions des points de vue sérieux sur l’amour et la société, ce qui allait se passer ?
Les peaux se frôlent. Les mains se cherchent sous l’eau émulsionnée.
Le Guerrier Japonais me caresse sans dévier de la conversation. Ses doigts taquinant l’un de mes mamelons, ou parcourant ma cuisse, effleurant entre…
D’autres mains massent tendrement mes jambes, câlinent mes petits pieds…
Et tout doucement… Nous nous taisons.
C’est au tour des corps de se parler. Le déclic se fait lorsque je sens des lèvres suaves sur mes seins. Un gémissement m’échappe, comme si j’avais attendu cet instant de libération toute ma vie. Alors qu’ils goûtent la sensibilité de ma poitrine, je m’abandonne.
Un baiser, ému, fébrile, remonte le long de mon cou, joue avec le ruban qui me sert d’unique bijou, grignote mon oreille, et le souffle court du Soleil Levant me murmure son désir. Sa bouche chaude conquiert la mienne sans bataille. Je suis tellement offerte et acquise… Mais de nous deux, je suis la victorieuse.

 

Je le sais en m’allongeant sur le lit carré de la « Chambre Ouverte ». Jamais encore je ne me suis sentie tant désirée, si désirable. Des amants et des amours, j’en ai eu quelques-uns. Mais le regard de braise que posent ces deux hommes sur moi, m’électrise. Cela n’a rien à voir.
Je suis, à ce moment précis, le plus merveilleux être existant sur Terre à leurs yeux. Et c’est vrai. Je suis belle alors qu’ils m’embrassent encore. Je suis belle quand le Rônin me sourit et se glisse lentement en moi. Mon premier cri arrive par surprise à ce moment-là. Presque un feulement de plaisir, de le sentir de toute sa longueur dans ma chair. Mon corps tellement tendu vers lui, à sa rencontre, qu’au premier de ses mouvements, je jouis.

 

Une gorgée d’eau pour l’assoiffée… Je ne compte pas m’arrêter là, et je ris de constater que lui non plus.
Il bouge en moi, et je l’accompagne. Nous nous découvrons, mais tout est d’une évidence déconcertante. Il me fait changer de position d’un geste doux, sans avoir besoin de s’expliquer. J’obéis, j’anticipe avec plaisir. Lui offre mon dos, mes fesses et mes hanches, la vision de ma nuque. Quand il revient en moi après cette interminable minute de séparation j’ai envie de lui dire qu’il m’a manqué. Ma peau le fait à ma place, épousant ses va-et-vient, tendres ou passionnés.

 

Je ne me suis pas rendu compte que je n’ai pas cessé de gémir. Que mes plaintes de plaisir emplissent tout l’établissement, via cette porte laissée ouverte. Au salon, peut-être, des gens discutent en buvant un café, avec en guise de musique, ma voix exprimant mes orgasmes.
Que mes aigus et mes graves les excitent. Pourvu que les soupirs émanant de ma bouche les inspirent !
Enfin, je n’ai pas à me retenir. Je n’ai pas à museler mes cris. Bien sûr, je me mordille encore un peu la lèvre inférieure, entre deux baisers, par habitude, mais plus le temps s’égrène, plus mon partenaire me savoure, plus je rugis.

 

Retour dans le creux de mes bras. C’est encore comme ça que je me donne le mieux. Nos corps étroitement liés, ma poitrine collée à son torse glabre, les frottements de nos peaux en sueur, nos sexes emboîtés. Assemblés.
Il me demande dans un murmure si j’ai joui… Tentant de reprendre mon souffle, j’avoue. Déjà deux fois. C’est un défi à sa hauteur. Il voudra au moins trois. Et j’en réclamerai encore. Plus fort.

 

Les yeux mi-clos, je distingue quelques sourires inconnus. Le jeune homme de tout à l’heure, et d’autres. Des mains légères sur mes jambes, ou caressant mes cheveux, comme d’intimes encouragements.
Mon bel asiatique me racontera après, ses yeux sombres plongés dans les miens, que tout le monde est venu nous admirer nous unir. Attirés par ma prestation vocale, et sans doute impressionnés par sa performance.

 

Je sais l’intensité de mon offrande, l’éclat de mon abandon. La force que je déploie pour le garder serré en moi. Je comprends la maîtrise dont il fait preuve, la volonté qui le fait contenir sa jouissance pour me donner le meilleur de lui encore quelques instants de plus.
Même si je sais qu’il est courtois et respectueux, je désire prendre cela pour une marque de possessivité. Et il a raison. Alors qu’il relève mes jambes et prend mes chevilles graciles dans une de ses mains, je lui appartiens. Ça n’est que maintenant. Qu’à ce moment-là. Mais le sentiment est aussi profond que l’est en moi sa pénétration.

 

Repue et épuisée après ces heures de fusion, je finis par me déclarer vaincue. Il n’y a plus personne à part nous, et il a tenu le coup jusqu’au bout.
Je le fais céder dans ma bouche, où enfin, avec un râle émerveillé, il s’apaise. J’embrasse encore son sexe avec tendresse, câline son corps de mes doigts reconnaissants, jusqu’à ce que ses frémissements cessent.

 

Le lieu ferme ses portes. C’est la fin de ma féerie. La vie doit reprendre son cours.
Mon torride amant du jour emportera de moi le ruban que je portais autour du cou. Et moi des courbatures exquises en souvenir de cette après-midi.

 

Je suis une femme.
Je ne l’ai jamais autant ressenti qu’aujourd’hui.