Les écrits restent

Cette année, je vais avoir 35 ans.
L’âge ne me faisait rien jusqu’à présent, mais 35… curieusement quand j’ai réalisé, ça m’a contrariée. Genre trente-cinq, quand même !

À 34 ans, j’ai retiré le diamant que j’avais dans le nez. Le piercing datait de mes 17 ans. J’avais l’impression d’avoir passé l’âge. J’ai viré ma frange aussi. Comme si c’était trop mignon pour mes 34 ans. N’importe quoi !

J’ai rendez-vous avec ma coiffeuse demain matin pour refaire ma frange ♥. Et en fin de compte, l’approche de mes 35 ans ne me pose plus de souci. Comme quoi, il suffit parfois de pas grand-chose.
Je me régale d’avance de pouvoir ressortir mon expression fétiche de protestation : « J’en ai raz la frange ! » . Ou de rougir, faussement modeste, quand on s’étonne de mon âge, et de répondre « C’est la frange, ça rajeunit ».

Aujourd’hui je pense que vieillir est un privilège. L’âge ne me fait pas peur, et mes 35 ans non plus. Je compte vieillir dans de bonnes conditions et je serais sans doute une petite vieille excentrique. De celles qui disent des trucs fun et qui vivent avec leur époque sans pour autant faire une crise de jeunisme.

 

Donc pour mon anniversaire en avril, ça va. Je me sens prête ! 😉

Mais si je n’ai pas peur de vieillir, je vais vous faire un aveu : j’ai atrocement peur de mourir…
Là, rien d’original, je suis d’accord avec vous. Sauf peut-être mes raisons.
Forcément, ça me fait peur de ne pas avoir accompli tout ce que j’ai à accomplir, le moment venu. Mais mon vrai cauchemar est de laisser une histoire inachevée.

S’il m’arrivait un malheur –et un accident est vite arrivé… touchez du bois s’il vous plaît, mes filles iraient vivre chez leurs pères respectifs, PompierChéri serait forcément triste comme un caillou lui aussi mais il referait sa vie sans moi, Hikaru mon chat habiterait sans doute avec lui, Daphné mon orchidée irait probablement chez ma mère, mes parents ma sœur mes neveux et mes cousins seraient dévastés mais toujours vivants…

Alors que mes personnages, non.

Si je meurs demain, qui va terminer La Love Compagnie ?!
Qui va vous raconter l’histoire de Rouge ? L’amour d’Alexandre et Ophélie ?
Et mon projet de roman « Idem » ,que je recule depuis deux ans, que va-t-il devenir ?
Et Mademoiselle Exquise, et Numéro Six et Eve ? Qui écrira la suite ?

J’en arrive au constat glaçant que seuls mes personnages ne me survivront pas. Alors, j’ai peur de mourir, oui.

Mais il faut nuancer… mes livres déjà écrits me survivront. Et c’est la force de mon domaine artistique. Les écrits restent.
Je ne dois donc craindre que pour les livres en gestation, car une fois paru, le livre reste au-delà de l’auteur, de façon totalement indéterminée.
Les élèves étudieront-ils une œuvre de romance à l’école, comme l’on étudie des grands classiques ou des polars ? Si ça se trouve quelqu’un décortiquera un de mes livres un jour pour lui trouver des tournures et des intentions qui ne m’avaient même pas effleuré l’esprit.
Les écrits restent.

Je n’ai pas la prétention d’écrire de la grande littérature, mais j’écris avec mon temps dans le but de faire rêver mes lecteurs et lectrices d’aujourd’hui. J’écris avec mon cœur des histoires où mes héros prennent vie. Alors je veux qu’il en reste une trace, pour les lecteurs de demain.

Quand j’ai commencé ma carrière, il y a bientôt 3 ans, je n’étais pas opposée au principe de la publication « primo-numérique ». Après tout, c’est logique économiquement que les éditeurs ne prennent pas trop de risques avec des auteurs inconnus. Ainsi ils osent publier sous format numérique de nouvelles plumes, ils nous donnent notre chance, et si notre ebook est un succès ils nous publient aussi en version imprimée.

Maintenant, j’accepte de moins en moins cette idée. Si le livre numérique reste un livre (après tout c’est le même contenu!) il n’en reste pas moins virtuel. Et les lecteurs, pour beaucoup, ont besoin de physique. C’est le physique qui demeure, même s’il peut s’abîmer, se brûler ou se perdre.
Le livre imprimé et l’ebook doivent coexister. Et il le faudrait pour TOUS les livres publiés. Quitte à proposer de l’impression à la demande pour les livres de jeunes auteurs, plutôt que de faire un tirage classique à 2000 ou 8000 exemplaires. Le risque financier serait moindre, mais le signe serait fort.

Désormais je veux du papier.
Je n’ai pas l’impression que ça soit prétentieux de vouloir ce destin pour mes livres. C’est rationnel, d’une part, car l’immense majorité des lecteurs lisent des livres imprimés. Je vous rappelle que le numérique représente moins de 5% du marché de l’édition en France.
Et puis, c’est sensuel un bouquin… J’aime cette idée.

Enfin, le papier soigne mon angoisse. C’est un héritage, quelque chose de tangible.
Les écrits restent.

Je radote, mais figurez-vous que je vais me faire tatouer ces trois mots.
J’ai déjà un petit tatouage au poignet. Il faut que mes tatouages me fassent sens. Ainsi, j’ai fait graver des points de suspension sur ma peau lorsque j’ai décidé de tout plaquer pour me consacrer à l’écriture. Trois petits points qui me disent à suivre, tu ne vas pas renoncer, le meilleur est à venir

J’ai d’autres messages pour moi-même, comme des post-its perpétuels. Comme « Mens sana corpore sano » (un mental sain dans un corps sain), qui attendra que je trouve l’inspiration exacte de l’endroit où le placer.

Cette année, et peut être même pour mon anniversaire tiens, je sais que je vais m’offrir

« Les écrits restent »

…en jolies petites lettres manuscrites sur le devant de mon épaule gauche.
Comme un gage pour l’avenir.