On ne renaît pas tous les jours

Un tragique accident a eu lieu cette semaine. La famille de mon chéri vient de perdre l’un de ses membres.
Encore un de ces moments qui nous fait penser qu’on est bien peu de chose…

Nous venons d’adopter le chat de la défunte (il est adorable, pauvre trésor) et d’accueillir une bonne partie de ses plantes d’intérieur à la maison. Mon salon prend des airs de jungle.

Ce triste événement a fait remonter dans mes souvenirs une histoire que j’avais écrite à quatre mains avec Sel, mon partenaire de rôle-play de l’époque. C’était en 2009, des années avant les romans. Des années avant ma nouvelle vie. Et pourtant…
Ça n’est pas super gai mais ça termine bien, je vous rassure.

Pour une légère mise en situation, sachez que cette histoire fut écrite dans un univers d’Urban Fantasy, à la Nouvelle Orléans dans un futur proche, quand les vampires, les métamorphes et les sorciers vaudou sortent de l’ombre et vivent plus ou moins en paix les uns avec les autres au milieu des humains.

Ce texte à quatre mains était publié sur une partie publique, je me permets donc de vous montrer également les lignes écrites par mon partenaire.
Il s’agissait de l’introduction à une histoire, de la rencontre entre nos deux personnages. Et je ne peux m’empêcher de penser depuis que cela ferait un bon roman d’amour.

J’ai mis des heures à retrouver le texte. Ça m’apaise d’avoir réussi.
Peut-être qu’un peu de lecture vous fera plaisir.

 

On ne renaît pas tous les jours

Pour moi, tous les jours se ressemblent.
Alors, rien ne laissait présager qu’aujourd’hui serait différent d’hier. Encore moins le fait qu’il n’y aurait plus jamais de lendemain.

 

Je mène une de ces petites vies de fourmis. Vous savez, ces gens que vous croisez sans regarder. La balayeuse d’un hôpital, la fliquette qui pose des amendes de stationnement, le jeune garçon qui distribue des journaux, un vieil ouvrier bossant de nuit dans une usine…
Je suis une personne comme ça. Quelconque et anonyme.

 

Les rêves de grandeur n’ont jamais été mon truc.
Faire ce que j’ai à faire et savourer de minuscules plaisirs me contente.
« La sagesse est de voir du nouveau dans l’ordinaire, en s’accommodant du monde tel qu’il est » disait un poète japonais…
Le seul mot qui me définit dans cette citation c’est «ordinaire».
Cela me convient.
Il n’y a rien de mal à ça. Il faut des centaines de milliers de gens comme moi, pour que quelques uns brillent. Ces stars du cinéma, par exemple, ne scintillent de milles feux et ne font fantasmer que parceque tous les autres pataugent dans le gris commun.
Certains se battent, résistent, et s’extraient.
J’ai préféré accepter. Tout simplement.

 

J’étais prédestinée à me fondre dans la masse. Maman m’a prénommée Elle.
Féminin générique en français. Ça ne fait pas trop exotique à la Nouvelle Orléans.
Elle. Équilibre graphique. Surtout sans la majuscule.
Elle, la poésie de quelques boucles.

 

La mienne se boucle aujourd’hui.

 

Tout a pourtant été comme d’habitude.
J’aime ma routine.
Travail à la cafétéria, préparation d’œufs à la chaîne. Brouillés, au plat, pochés, mollés, bénédictes, durs, sur du pain, ou que sais je encore. Les fantaisies des clients sont rares.
Quelques salades pour les femmes entamant un énième régime. Dans une semaine, elles commanderont à nouveau des frites avec une omelette aux oignons.
Le patron m’a parlé d’une idée de crumble. Il pense toujours qu’il innove, et me propose chaque hiver les mêmes choses. Comme toujours, je lui souris, l’air tout de même concentrée en retirant la charlotte en toile blanche qui contient sagement mes cheveux. Comme toujours, j’acquiesce.
La plonge en fin d’après-midi. Des heures à laisser mon esprit vagabonder, au rythme de la musique s’échappant du petit poste rouillé et gras qui reste en cuisine.
Et je range mon tablier. Tout est prêt pour le service du soir. Ça se fera sans moi.
On se passe le relais en se tapant dans la paume, sans un mot, avec l’autre cuistot. Lui qui arrive, moi qui m’en vais.
« À demain ! » Phrase rituelle.

 

Comment vont-ils ouvrir sans moi, demain ?
Ils me remplaceront par une autre fourmi. Ça n’est pas ça qui manque. Je peux partir tranquille…

 

Personne ne m’attend à la maison. J’habite un studio dans un immeuble banal. Seule.
« La petite du sixième ? Une fille sans histoire. »
Et pour cause. Six étages. A pied. Si le boulot ne m’a pas encore tuée, les escaliers m’achèvent.
Depuis trois ans, je devrais avoir l’entrainement. Mais je m’essouffle encore comme si c’était la première fois. Peut être par plaisir, caprice. Pour râler.

Un couple d’oiseaux dans une cage. Des inséparables.
Il n’y a qu’eux, chez moi.
Ils m’accueillent avec leurs petits bruits de gorge. Ravis de me retrouver, que je puisse remplir leur coupelle de graines.
Ou alors ils m’engueulent, interrompant, par mon arrivée, leur fusionnelle intimité. Je ne le saurais jamais.

Allez savoir pourquoi, j’ai remplis la soucoupe à raz bord ce matin. De quoi tenir quatre jours environ.
Ensuite, qu’adviendra t-il d’eux ? Ils sont les seuls à dépendre de moi. Vais-je leur manquer ?
Le voisin d’à coté, le geek qui bosse à domicile, les a trouvés adorables. J’aurais du les lui offrir tout à l’heure. Avec un gros ruban noué sur la cage dorée. Ça aurait été une bonne excuse pour faire plus ample connaissance. Nous n’avons fait, depuis tout ce temps, que nous croiser sur le palier. Un œil chez l’un et chez l’autre quand on ouvrait les portes.
« Jolis oiseaux » « Jolis câbles ».
Quand la propriétaire viendra vider mon appart, j’espère qu’il aura le temps et l’audace de les récupérer.
Il a l’air d’être un gars gentil.

 

Sur le chemin du retour, j’achète une revue.
Ma seule touche de hasard. En fermant les yeux, je choisis quelque chose sur l’étalage de magazines, presses diverses, et papelard en tout genre. Ainsi, parfois, je me retrouve avec un journal économique en espagnol – que je ne comprends pas- , ou une revue sur la décoration intérieure, la vie de people dont je n’avais jamais entendu parlé etc. Le jour où le libraire m’a fait la farce de glisser sous ma main innocente un mensuel pour gays, je me suis dit que ma technique était décidément très instructive.

 

Entre mes doigts, l’hebdomadaire des arts floraux.
La vie est plutôt bien faite. La dernière chose que je vais voir, c’est un énorme bouquet de lys sur papier glacé.

 

Le bonhomme passe au vert. Tout le monde se moque éperdument de la couleur du feu pour piétons. Nous ne sommes pas à New York non plus. Pourtant, j’obéis. Rouge, et même ma respiration se met en pause. Vert, et tout redémarre.
On pense que ces précautions nous protègent.
Pourtant, il suffit d’une fois… où ça ne remplit pas sa fonction…

 

Il y a eu le bruit d’abord. Un crissement de pneus soudain. Coup de klaxon derrière, difficile de savoir ce qui se passe en un battement de cil. C’est sur l’autre voie. Pas si loin de moi.
Coup de volant, un écart.
Pourquoi me suis-je arrêtée ? Alertée par le bruit ?

 

Ahurie, je vois la camionnette UPS dévier de sa trajectoire. Trop tard.
Je ne distingue que le pare-choc. A l’instant exact où il me percute avec toute la violence de son élan désordonné.

 

Clignement de mes yeux hagards, surpris. Un gout salé et métallique m’emplit la gorge puis la bouche.
Ça va drôlement vite…
J’ai senti mes cotes s’écraser. Mon corps se déformer sous l’impact. Une roue pesante, passer par inadvertance sur mes jambes disloquées. Un poignet se briser comme une brindille. Ma tête heurter l’asphalte sans aucune douceur…

 

Est-ce que je suis sensée voir défiler toute ma vie en accéléré devant mes yeux ?
Je me permets de demander, car en fait, il ne se passe rien.
Absolument rien.
A la fin.

 

Un jour banal.
Un jour de routine.
Le genre de jour où, lorsqu’on vous demande « qu’as-tu fait aujourd’hui ? », vous répondez « rien », tellement les gestes du quotidien sont peu dignes d’intérêt, ou sans cesse racontés, rabâchés, au point d’avoir perdu toute originalité, toute saveur.

 

Une nuit blanche, de celle où l’on rentre avec les mouvements lents, avec sur la peau et es cheveux, cette pellicule de fatigue et de fumée qui vous sépare du monde.

 

Un sommeil perturbé par les bruits de la rue, un sommeil comme une glu, à tenter de se dépêtrer d’images grimaçantes qui suintent de votre subconscient éprouvé.

 

Un réveil au goût de vase, le corps et l’esprit asséché, suivi d’un petit déjeuner silencieux et maussade à l’heure où le monde du jour termine son travail et songe aux courses du soir, que faire à manger, qu’est-ce qu’il manque, va-t-il m’appeler, aura-t-il fait les devoirs des gosses, sera-t-il encore saoul, ferons-nous l’amour enfin ce soir ?

 

Sortir dans la rue, sans nécessité sinon celle de se sentir appartenir aux vivants, aller s’acheter de l’eau et des cigarettes, faire acte de présence au temple, consoler, contacter, rassurer, se sentir respecté et aimé, se sentir utile, revivre.

 

A quoi pensais-je ?
Juste avant ?
Je suis incapable de me souvenir.
Je ne me rappelle plus avoir traversé, je ne me rappelle plus le rebord du trottoir, je ne me rappelle plus de l’asphalte sous mes semelles.

 

C’est le bruit qui m’a réveillé, le bruit qui m’a fait venir à la lumière et au monde extérieur, comme un accouchement.
Ce son strident, stressant, d’un klaxon sur lequel on pèse désespérément.
J’ai tourné la tête, vu ce fourgon noir foncer sur moi, je me souviens, là, avoir pensé : Il revient. Me chercher.
J’ai vu le visage comme un masque hurlant silencieusement du conducteur, son brusque coup de volant.
Et le fourgon m’a frôlé.
M’a épargné, encore, me laissant tremblant au milieu de la route.
Soulagement, déception ? En tout cas, le sentiment aigu, douloureux, d’être vivant. D’avoir été caressé par la mort, caresse amusée et sensuelle, mais simple frôlement.
Une éternité à me sentir un rescapé. Une seconde, en fait, à peine.

 

Le choc. Métal insensible contre des chairs fragiles. Bruit spongieux, craquement sinistre.
Un cri de surprise, un souffle de souffrance.

 

Avant de me retourner, j’ai su.
Les ghede avaient pris quelqu’un d’autre.
Vision des Loas hilares et attentifs, excités et trépignants dans les gradins d’une arène. L’arène de ma vie.
Masque grimaçant du Baron Sam’di, riant et m’invitant d’un geste à m’approcher.
Salopard.

 

Elle était encore mignonne. Elle était morte.
Je l’avais tué. Éteins cette flammèche.
Paix à son âme.
Qu’importe qui elle était, qu’importe sa vie, qu’importe sa mort, mon crime.
Les loas donnent, les loas reprennent.

 

Je me penche, accroupi au dessus d’elle. Elle n’est pas abimée, on pourrait la croire évanouie, si on pouvait s’évanouir les yeux ouverts. Si il n’y avait pas cette flaque de sang qui poisse ces cheveux, lèche mes chaussures.
Sa peau est tiède, sa poitrine immobile. Ce corps est vide.
Je ne me préoccupe pas de la foule qui s’agglutine, des cris d’horreur ravie, des cliquetis des portables qu’on brandit pour prendre la photo.
Je fouille son sac, pour avoir un nom, comme un hommage, pour savoir comment s’appelait celle qui est morte à ma place.

 

Quand les policiers me soulèvent, me trainent, m’éloignent sans ménagement de son corps, j’ai encore la carte dans les mains. Ils finiront par me l’arracher avec un regard mauvais, un regard qu’on adresse aux monstres et aux criminels.

 

Elle s’appelait Elle. Elle Jones.
Elle acceptait de devenir Zombi.

Baron Samedi s’amuse.

Elle s’appelle Elle.

 

Les formalités avaient été simples, finalement.
Une mère peu concernée qui apprend la nouvelle sans manifester d’émotion.
Un flacon de sang vampirique payé sans regarder au prix.
Des employés de la morgue soulagés de libérer un tiroir.
Des papiers à signer, des maigres effets qu’on lui avait remis dans une boite en carton recyclé, un sac à main, un portefeuille, des clés, un baume à lèvres, un paquet de mouchoirs…
Et elle.
Grâce aux coups de fil de William, un véhicule de la morgue les avait accompagnés jusqu’au temple, ambulance et corbillard à la fois.

 

Le chauffeur lui avait ouvert le coffre, attendant qu’en sorte le grand sac noir afin qu’il puisse vite retourner draguer la nouvelle standardiste.
Il n’avait pu s’y résoudre.
Doucement, il avait abaissé la fermeture éclair, avait sorti son corps délicat et polytraumatisé de son habit de plastique sombre et l’avait portée, uniquement vêtue d’un drap virginal, dans ses bras, jusque dans l’oufo, pour la déposer au pied du potomitan.

 

Elle est allongée, morte et sereine sur l’autel.
Dehors résonne le chant lancinant, triste et joyeux, des fidèles.
La nouvelle a parcouru le quartier, bondissant de porche en véranda, se glissant par les fenêtres et les jardins.

 

Eko le vodoun va réanimer son premier zombi.
Une fille, une inconnue.

 

Alors ils attendent, en cercle, autour de l’oufo, chantant et se balançant, à la lueur orangée des chandelles.

 

Longuement, je la lave, avec une éponge et de l’eau chaude, pour ôter toute trace de sang, pour la purifier et la préparer à la naissance.

J’oins son corps avec une de mes huiles et du sirop d’orgeat. Je masse les chairs meurtries, remet les os déplacés.

Sous mes mains, elle devient belle. Sa peau de mulata semble refléter la lueur des bougies, retrouve souplesse et douceur. Elle ne foncera plus jamais sous le soleil, ne ressentira plus le froid de la bise, la caresse des embruns mais, au moins, n’aura pas ces vilaines marbrures qu’ont certains zombis.
Toutes ces années de recherche trouvent enfin la glaise idéale, celle qui me permettra d’exprimer tout mon art. Tout mon désir.
Je l’avais assassinée, j’allais la réanimer et jamais on ne verrait zombi plus belle et plus en forme.
Je ne lui rendrai pas une demi vie, mais une vie pleine et entière.
Une nouvelle vie.

 

Les offrandes ont été faites aux Loas. Le bain de chance est prêt, rempli d’herbes et de fleurs, pour l’accueillir.
Je trace les vévés sur son front, ses seins, ses paumes, son pubis et ses pieds.

 

Les chants, dehors, se font plus forts. Les premières possessions. Les loas, ce soir, chevauchent les mortels, répondant à mon appel.

 

Je pose une main sur son front, une autre sur son ventre.
Yeux clos, je commence ma psalmodie, ma prière aux loas qui hurlent et s’agitent dehors.
Pas la peine de les voir, je suis vodoun, je suis leur servant et ce soir, ils vont m’accorder leurs pouvoirs pour la première fois.

 

Le poteau, la croisée des Chemins.
Baron Samedi m’attend, crâne ricanant buvant le rhum offert, tenant négligemment dans le creux de son bras la silhouette pâle et translucide d’Elle, yeux clos.
Elle n’assiste pas à la scène, elle ne s’en souviendra pas.
Il est revêtu d’un smoking et lorsque j’approche, récitant les formules d’usage, il se contente de me la tendre et mimant un mouvement obscène.

Lorsqu’elle se retrouve dans mes bras, il me salue en soulevant son haut de forme et s’approche de moi en sifflotant la marche nuptiale.
Il m’entoure les épaules de son bras aux odeurs de sexe, de fumée et et tourbe me susurre à l’oreille :
— Amuse toi bien fiston…. Je suis fier de toi….
Et il me réexpédie dans l’oufo.

 

Je suis debout, son esprit entre mes mains tremblantes.
Je m’agenouille, au dessus de son corps et laisse couler, en même temps que le sang vampirique, épais et carmin, son âme entre mes doigts pour qu’elle se répande sur son corps, le pénètre et se le réapproprie.

Aucun mouvement n’anime son corps. Plus jamais sa poitrine ne se soulèvera, animée par son souffle.
Je penche mon visage vers le sien, prince noir inquiet prêt à réveiller Aurore.

— Elle ?

Elle ouvre les yeux.
J’ai réussi.

 

« Elle ? »

Combien de temps…

Ai-je dormi… ?

Rêvé ?

Attendu ?

 

Il y a un instant, à peine, un fourgon nuit-noire me percutait de plein fouet.
Le magazine dans mes mains s’est envolé au ralenti. Je me souviens du bruit de ses feuilles comme un petit vent d’automne. Autant de pétales de fleurs, issues d’un bouquet de papier jeté par-dessus mon épaule.
Les lys ont atterris devant mes yeux, juste avant qu’ils ne voient plus. Quand le sang quittait mon corps pour me répandre sur la route.

 

Cent ans ou une seconde se sont écoulés…
Dans le vide.
Et maintenant un écho. Un ricochet au plus profond de moi.
Une voix, chaude et prévenante. Rauque et inconnue.

 

Dans ma vie, on ne m’appelait pas.
Jones, hey, la cuistot, la petite du sixième, la voisine du dessous, la gamine au fond de la classe, ma fille, l’autre, toi…

 

« Elle ? »

 

Il faut dire que mon prénom prête à confusion. Comment savoir que l’on me désigne ? Que c’est à moi que l’on s’adresse ?
Cette voix pourrait tout aussi bien être destinée à une autre femme…

Non.
Je sais.
Pour la première fois, je sais, sans l’ombre d’un doute, que c’est pour moi.

 

Disait-on vrai pour le ciel et l’enfer ?
En ce cas, où suis-je ?

 

Je viens…

 

Respirer…
Mon souffle est insensible. Pourtant, l’air passe en moi. J’ai la certitude étrange d’être vivante. Sans comprendre.

 

Ouvrir les yeux…
Lentement. Prudemment.
Et je vois. Je le vois. Celui qui m’appelle.
Il fait sombre malgré les nombreuses bougies. Mais il brille, vêtu de blanc, comme une apparition.
Sa peau d’ébène à portée de mes doigts. Ses yeux d’onyx plongés dans les miens.
Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Pourtant en moi fleurit l’intense sentiment de reconnaissance. Qu’un lien intangible nous unit. Sans même savoir qui il est, ni pourquoi.

 

Et pousser un cri…
Je devrais. Si j’avais peur. Si j’avais mal.
Un sourire malhabile s’épanouit sur mes lèvres un peu sèches.
Et avec une émotion insondable je m’entends murmurer doucement mon premier mot.
Mon premier contact avec lui, avec le monde où je suis.

— Bonjour…