Rouge

J’en parle depuis des mois en privé comme sur les réseaux sociaux : je prépare un nouveau roman ! ♥

Il va s’agir d’une romance de genre NewAdult, et comme c’est depuis un an ma spécialité, ça parle de pompiers 😉

 

Rouge

Alexandre est sapeur-pompier, il voit tous les jours des drames de la vraie vie.
Ophélie rêve de faire le documentaire-choc qui lui ouvrira les portes d’une grande école de cinéma.
Elle va le suivre avec sa caméra tout l’été, sur ses missions de secourisme et au cœur du danger. Mais il y a un monde entre la fiction et la réalité…
Dans le Sud de la France, sous le chant des cigales et dans les feux de forêts, la passion brûle.

 

Trois éditeurs attendent avec curiosité le manuscrit… Je ne l’aurais pas fini avant décembre 2017. J’espère qu’il sera publié pour l’été 2018, et je vous promets une édition papier!

 

Et si, en attendant,  je vous présentais le héros, Alexandre ?
Jeune pompier, vaillant, courageux, roux, musclé… Vous en tomberez amoureuse, tout comme Ophélie et moi.
Bonus : le premier chapitre du manuscrit ♥

credit photo Thomas Knight

 

1
Alexandre

Le café, ça se savoure. Surtout quand c’est le premier de la journée…
Il fait encore frais le matin. L’air de la nuit est entré par les fenêtres ouvertes, mais ça ne va pas durer. Nous sommes au début du mois de juillet, la chaleur s’installe et les touristes aussi.
Je suis en tenue, bien droit et seul chez moi, assis à la petite table du coin cuisine. Je sirote ma tasse et goûte le calme qui précède la tempête. Le bip va forcément sonner.
Quand vous êtes sapeur-pompier volontaire ce petit objet vous accompagne partout. Accroché à la ceinture du pantalon d’uniforme, il ne me quitte pas lorsque je suis de garde à la caserne, et se décroche pour me suivre en civil les nuits et les week-ends où je suis d’astreinte. Grâce à lui, je peux être appelé pour intervenir n’importe quand.
La nuit de garde a été paisible. Tant mieux, on ne va pas souhaiter du mal aux gens, c’est évident. Je ne suis encore formé que pour être équipier dans l’ambulance, mais comme les secours aux personnes représentent quatre-vingt-dix pour cent des interventions des pompiers, depuis quelques mois que je suis dans l’opérationnel, je suis souvent de sortie.
Et ce qui était au départ un engagement sur un coup de tête est en train de devenir une passion. J’en reste un peu surpris, en y pensant ce matin, la dernière gorgée de café avalée.

 

L’amertume et la caféine font leur petit effet, mon esprit carbure, déjà dans l’anticipation de ce qui peut arriver aujourd’hui. De ce qu’il y aura à faire.
Samedi, d’après le planning, je fais partie de la garde postée. D’habitude, c’est un jour d’astreinte, mais en été, ici, on est mobilisés des jours entiers au centre de secours de la ville. Semaine et week-end confondus.
C’est assez logique. Entre l’accroissement soudain de la population en raison de la saison touristique, le nombre grandissant d’accidents et les risques de départ de feu de forêts, le 18 ne chôme pas.

 

*

 

Aux vestiaires, je pose quelques affaires dans le casier rouge qui m’est assigné. Mon nom y est écrit au marker noir : Alexandre Laurent.
Techniquement je n’ai besoin de rien. Mon téléphone portable dans une poche et ma carte d’identité. Cinq euros à tout casser, pour participer aux frais du déjeuner. Paul est de corvée cuisine aujourd’hui, on va se régaler.
Sept heures du matin va bientôt sonner au clocher, et dans le petit réfectoire de la caserne, la plupart des hommes sont déjà là. Poignées de main, sourires, et trois bises à la seule nana du groupe. Nous buvons un nouveau café en blaguant, le collègue retardataire se pointe en catastrophe, et tout le monde se réveille doucement.
Nous avons tous la même tenue. Le pantalon foncé bordé du passepoil rouge, le polo bleu foncé barré à l’horizontal avec la mention « Sapeur – Pompier », et les grosses rangers de sécurité noires. La seule chose qui nous distingue les uns des autres, c’est l’écusson du grade qui se scratche au milieu du poitrail. Moi, je n’en ai pas. Je suis tout en bas de l’échelle : Seconde Classe. Il faut bien commencer quelque part ! Et, à vrai dire, je ne réfléchis pas en termes de carrière. Cette affaire de pompier, mon engagement, ça n’était pas prévu. Mais ça ne s’est pas tout à fait opéré par hasard non plus…

 

L’Adjudant-Chef Frédéric Hermet, notre chef de garde arrive enfin. Il est rarement en avance, mais ça ne viendrait à l’idée à personne de la ramener à ce sujet. Il serre les mains de chacun de nous sans chichi, se sert un café, et s’enquiert de l’activité de la nuit.
— Des sorties ?
— Une seule, vers 21h, pour l’équipage en premier départ. Une petite grand-mère tombée chez elle. Les urgences de la clinique n’en ont pas voulu, on l’a conduite à l’hôpital à Montpellier, dit le robuste Sergent Pascal Ortega.
— Une nuit tranquille, en somme, sourit le Chef.
— Voilà.
— Ça va être moins paisible aujourd’hui et demain : c’est la fête médiévale à Laroque. Entre les animations en journées, la buvette en soirée et le feu d’artifice, on ne va pas avoir le temps de souffler.
Les collègues opinent de la tête. Sur les visages des plus anciens, je lis une sorte de fatalisme. Sur ceux des gars de mon âge, un sourire en coin dissimule mal une certaine excitation.
— Pour les piquets, on va alterner les équipes, reprend le Chef. Ceux qui étaient au second départ cette nuit prennent le premier départ toute la journée. Vous n’allez pas vraiment pouvoir vous reposer, les gars, mais c’est toujours ça de pris. Donc Olivier, Thibault et Alexandre, VSAV 1.
J’ai les mains jointes dans le dos, la posture sûr de moi, et j’acquiesce en fronçant les sourcils sérieusement. Les responsabilités de la journée qui s’annonce infusent en moi.
— Pascal, Fanny et Lucas, vous prenez le deuxième départ ambulance, poursuit le Chef. Paul, stationnaire. Patrice, conducteur poids-lourds.
— Évidemment, réplique l’intéressé.
— J’ai personne d’autre formé pour conduire les camions, tu sais bien.
— Vivement que Damien soit jugé apte à reprendre…
L’Adjudant-Chef lève les bras au ciel en signe d’impuissance, et Patrice, appelé Nounours, grand brun sympa mais assez peu joueur de nature, croise les bras sur ses pectoraux.

 

Pendant ce temps et les quelques autres mots que s’échangent les anciens, je jette un regard à mon pote Lucas. On est dans la même garde, mais jamais dans la même équipe, et ça nous amuse. Ça aiguise notre complicité.
Lucas et moi, on a grandi ensemble. On se suit partout depuis la sixième, quand ma famille est venue s’installer dans le Sud. On se ressemble beaucoup tout en étant différent, ça surprend. Exactement le même âge, la même taille à un centimètre près (1 m 82, je suis le plus grand), le même poids à un kilo près (et là c’est lui le plus lourd !), nous avons la même carrure et quasiment le même type de musculature. De dos, on dirait des frères jumeaux. Si ça n’est que lui est très brun et moi très roux…
Quand on était gamins, il était le petit gros de service, et moi le rouquemoutte. Ça nous a rapprochés. « La Boule » et « Poil de Carotte ». Les mômes se sont bien foutus de nos gueules à tous les deux. Au lycée, quand Lucas s’est affiné d’un coup et a commencé à tomber les nanas, déjà ça ricanait moins. On a appris ensemble à rendre quelques coups. Même s’il est plus dans ma nature d’arrondir les angles.
Aujourd’hui, plus personne ne nous emmerde. Allez savoir si ce sont nos vingt ans, nos corps d’hommes, ou la respectabilité de l’uniforme…
On nous a affublés de nouveaux surnoms quand on est entrés chez les Sapeurs-Pompiers, mais c’est cool. C’est normal : ici, tout le monde a un surnom. C’est plus pratique à retenir que les grades et les noms complets de chacun. Ainsi, Lucas est « le Bleu », parce que c’est toujours comme ça qu’on appelle un petit nouveau. Et moi, on m’a surnommé « le Rouge ». On est arrivé en même temps, mais on ne pouvait pas être appelé le bleu tous les deux. Ma variante est sans doute liée à la couleur de mes cheveux. J’apprécie. Franchement « Orange » ça aurait été naze ! Non, « Rouge », c’est bien. Ça fait pompier. Ça fait un peu dangereux aussi. Viril quoi.

 

Lucas arbore encore un de ses sourires en coin quand ses yeux noirs croisent les miens. Je sais très bien à quoi il pense. Il compte l’intervention de son équipe cette nuit pour la mamie comme un point d’avance en sa faveur. J’ai beau lui dire que je trouve cette idée stupide et qu’on ne fait pas la course au Super Pompier, il continue à compter et à comparer nos expériences sur le terrain. Je veux être un bon élément, je veux apprendre et venir en aide aux gens. Être le plus performant ne fera pas de moi le meilleur secouriste pour autant.
Je le connais assez pour avoir compris ce que ce petit jeu dissimule : l’excitation. Tout bêtement. Et l’impatience qui va avec. Lucas est heureux d’être devenu pompier volontaire, et il trépigne en attendant nos formations pour les incendies.
Mon grand frère est pompier… À Paris. Arrogant, frondeur, aventurier, baraqué et gradé, il est érigé en exemple chez nous. Mes parents en sont fiers, mes potes en sont fans et les filles en sont folles. C’est peut-être de là que ça vient, ce désir qu’a Lucas de s’enrôler. Ça a plutôt eu l’effet inverse sur moi. Jusqu’à ce que mon ami d’enfance décide de passer le pas, et d’y aller pour de vrai, au recrutement des volontaires du département. J’ai halluciné, persuadé qu’il allait se dégonfler à la dernière minute. Je l’ai accompagné du coup, sur un air de défi. Je voulais le voir de mes yeux signer le papier, sinon je ne l’aurais pas cru. Et quand il l’a fait, j’étais à ses côtés, et le recruteur en uniforme bleu nuit m’a tendu le stylo-bille en haussant un sourcil. « Et toi, mon gars, ça t’intéresse de sauver des vies ? ».
J’ai signé.
Je ne le regrette pas.

 

Je rends à Lucas un sourire désabusé, histoire que l’un de nous deux ait l’air plus responsable. Heureusement que les autres ne savent rien de cette affaire de points, sinon on passerait pour des petits cons. L’ambiance dans la caserne est souvent bonne enfant et ponctuée de blagues potaches, mais il faut pas pousser.

 

La sonnerie du fax retentit sur le comptoir d’accueil. C’est signe d’une intervention, et ça coupe court à la réunion de prise de garde. Le préposé au stationnaire se jette sur la feuille d’ordre qui sort du fax, s’assied sur le tabouret à roulettes devant l’écran d’ordinateur, et déclenche l’alarme qui se met à sonner dans toute la caserne.
— VSAV, annonce Paul – dit TopChef, en tendant le papier au sergent de mon équipage.
— Ça décale ! rugit ce dernier.
J’ai déjà attrapé un gros sac à dos de premiers secours et j’appuie sur le bouton pour déclencher l’ouverture de la porte de garage. La minute suivante, nous partons à bord du fourgon ambulance, avec la sirène et le gyrophare pour avoir la priorité sur la route.

 

*

 

— Accident de sport, dit sobrement Coach, le chef de notre petite équipe.
Saint Bauzille de Putois, commune du secteur, située à une dizaine de kilomètres de la caserne. Thibault, qu’on appelle Le Chinois alors qu’il n’a absolument rien d’asiatique, conduit le fourgon. Coach à côté de lui survole la feuille d’intervention, et moi je suis en bout de banquette, contre la portière passager. Je nous vois prendre la direction des Grottes des Demoiselles. La route serpente en hauteur jusqu’à ce lieu touristique, et les alentours sont raides. Entre les joggeurs, les touristes égarés et les aventuriers du VTT, effectivement un accident peut vite arriver. Et plus haut, sur le plateau du Thaurac où s’éclatent les grimpeurs, c’est encore pire…
— Escalade ?
— Nan. Encore heureux ! On ne monte pas jusque-là. D’après les informations qu’on a : c’est au-dessus des grottes. Un randonneur qui aurait fait une mauvaise chute. Un bras en vrac.
— Très au-dessus ? s’inquiète le conducteur.
Coach a l’ombre d’un sourire blasé avant de répondre :
— On va crapahuter, les gars.

 

Le Chinois gare notre véhicule à l’entrée du parking visiteurs des Grottes des Demoiselles. Je charge un sac de premier secours sur mon épaule, mais je marque un temps d’hésitation quant au reste de l’équipement à prendre. Surtout vu qu’on doit monter jusqu’au lieu de l’incident à pieds.
— On va prendre un lot de sauvetage, le plan dur et le matelas coquille au cas où, dit le Coach qui a deviné le déroulement de mes pensées.
— OK. Je m’occupe de la coquille, réponds mon collègue en empoignant le matériel.
Je complète le mien de la planche orangée qui servira à allonger la victime. Coach prend le sac contenant des cordages. Le temps de signaler notre présence aux gérants du site, attablés à la terrasse du café-boutique de souvenirs, et nous voilà partis.

 

Il est encore tôt, pourtant la chaleur commence à se faire sentir. J’aurais donné cher pour m’asseoir à cette terrasse ombragée, devant un bon arabica. De là, on surplombe toute la commune et la rivière qui la traverse. On voit les petits pics alentour, les falaises moutonnées de courts chênes verts et d’arbustes robustes qui poussent sur la roche envers et contre tout…
Au lieu de ça, je grimpe un sentier de randonnée escarpé, en complète tenue de sapeur-pompier. Le pantalon semi-ignifugé, le polo, le gros sac à dos, la grande planche, et surtout les bottes de sécurité. Nom de Dieu, ces pompes ne sont pas faites pour la marche ! Entre le cuir encore raide de ma paire quasiment neuve et la coque en fer dissimulée dessous, j’ai connu plus approprié à l’exercice. Ces putains de bottes montent au tiers du mollet et pèsent une tonne. Je m’en accommode plutôt bien d’habitude, mais là, je les hais. Mes collègues ne pipent mot, j’imagine qu’ils pestent en silence contre leurs bottes eux aussi. Il n’est pas question de se plaindre.
Dans l’ascension, je m’aide d’une main, m’accrochant à un bout de roche sur le côté pour assurer ma position. L’autre main en prise avec le plan dur orange que Coach porte finalement avec moi. Et il n’est pas rare que l’un de nous glisse de quelques centimètres sur la piste en gravillons et sable desséché. Ça fait comme un bruit de dérapage, et nous nous arrêtons deux secondes, attentifs.
Il nous faut presque trente minutes, comme ça, pour arriver jusqu’au plateau où se trouve la victime. Sous le soleil déjà brutal, dans le chant entêtant des cigales et les odeurs de thym sauvage. Je ne sens plus mes bras, j’ai le souffle court et j’essaye de cacher un léger tremblement venant de mes jambes.
— On est dispensé de muscu aujourd’hui, murmure Coach entre ses dents serrées.
Sans blague !

 

Nous sommes accueillis par une femme au visage inquiet. Ses traits émaciés marquent d’autant plus son angoisse. Fine, nerveuse et sportive, elle a le teint hâlé des grands marcheurs, et une cinquantaine d’années. Son mari est assis sur une pierre plate à l’ombre d’un arbre, blanc comme un linge. Il se tient le bras droit douloureusement, c’est pour lui que nous sommes là.
— Que s’est-il passé ? racontez-moi un peu, demande Coach en sortant un stylo-bille de la poche prévue à cet effet dans son polo.
— Je me suis pris un pied dans une racine, et comme j’ai voulu éviter une couleuvre juste devant sur le chemin, j’ai trébuché pour de bon, répond l’homme d’une voix saccadée.
— Vous êtes tombé de votre hauteur et vous avez atterri sur le côté, c’est ça ?
Pendant que notre chef pose ses questions, le Chinois et moi faisons le tour de la victime en demandant les choses plus bas et de façon plus brèves. Vous avez mal là ? Et quand je touche ? Vous sentez vos doigts?
— Je ne suis pas médecin, prévient Coach une fois la victime examinée, mais à vue de nez, vous avez la clavicule cassée.
— Ah ?
— Minimum… L’hélicoptère est en route.
— Un hélicoptère ?! s’étrangle le monsieur.
— Comment voulez-vous qu’on vous descende sinon ?
L’homme devient encore plus blanc qu’il ne l’était déjà. J’ignorais même que c’était possible. Le Chinois le rassure de sa voix tranquille, et lui explique que l’hélico est souvent utilisé pour évacuer les victimes en été.
— On a l’habitude, dit-il.
Moi, non. C’est ma première haute saison en tant que Sapeur-Pompier, et l’arrivée du Dragon, hélicoptère jaune de la Sécurité Civile, me fait sourire comme un gamin. Il atterrit souplement sur l’herbe sèche et les buissons du plateau, à quelques dizaines de mètres de nous. Son vrombissement est surprenant, et le souffle des pales du rotor balaie les alentours.
— Vous n’êtes que trois ? s’étonne le copilote venu nous rejoindre à terre pour préparer l’embarquement.
— Ça va aller, lui répond Coach un peu fort pour couvrir le bruit de l’hélico. Le blessé est loin d’être dans un état critique. Sa dame et l’un d’entre nous suffiront à l’accompagner.
— OK. Comme vous le sentez.
— Allez, Rouge. Ton baptême, bonhomme !
— Oui, chef ! dis-je un peu solennellement.
J’ai l’air sérieux comme ça, les sourcils froncés dans une expression de pure concentration, alors que l’on s’affaire à installer la victime et sa femme dans l’hélicoptère. Je fais hyperprofessionnel et responsable. Mais au fond, oui, je viens de rajeunir de dix ans, des étoiles pleins les yeux et le cœur en liesse, comme un môme le matin de noël.
Ma journée commence fort !
Et la virée en hélico, vis-à-vis de Lucas, ça va au moins compter triple…