Six conseils pour réussir l’écriture d’une scène érotique

 

 

J’ai été approchée par une des fondatrices de la plateforme d’écriture de romances Fyctia il y a quelques semaines de cela. Une jeune femme que j’ai eu l’occasion de rencontrer en début d’année, lors d’une de mes escapades parisiennes.
Elle m’a donc demandé si je voulais rédiger un petit article destiné aux auteures de romances Young Adult et New Adult, sur l’écriture d’une scène d’amour.
Flattée et diablement amusée, j’ai accepté !

Et je vous les livre aussi ici…

Six conseils pour réussir une scène érotique
par Julie Huleux

 

Pourquoi six ? Parce que c’est l’un de mes chiffres favoris !
Redevenons sérieux, parce qu’une scène de sexe est une affaire sérieuse, et avant d’attaquer son écriture, posez-vous les bonnes questions.

1 – La scène est-elle justifiée ?
C’est le point le plus important. Vous voulez écrire cette scène, vous en avez l’inspiration et l’idée. Cela vous semble logique. Ok.
Mais dans le déroulement de votre roman ou de votre série, cette scène-là, entre ces personnages-là, apporte-t-elle quelque chose à l’histoire ? Ou à la compréhension d’un personnage ?
Bannissez le sexe pour le sexe. Vous n’écrivez pas un roman porno ! Et même si vous étiez clairement dans la démarche d’un livre purement érotique, les scènes ont un sens dans l’histoire.
Donc si c’est juste pour écrire un truc coquin, comme ça, gribouiller ça sur une feuille à part, et prenez le comme un simple exercice. Pas comme une partie intégrante de votre « œuvre ».

2 – Qui ? Comment ? Jusqu’où ?
Et bien oui. Maintenant que votre scène est logique et a sa place dans l’histoire, redéfinissez qui elle concerne. Quels personnages. Et réfléchissez au « comment ». Clairement quelles positions, quelle intensité, quelle ambiance, quelles caresses…
Puisque nous en parlons entre nous, je tiens à vous rappeler que vous n’êtes pas tenu de TOUT écrire dans les moindres détails. Ni sur cette scène-là, ni dans la scène d’amour suivante sous prétexte que vous l’aviez fait avant.
Exemple concret : Vos personnages peuvent être décrits en plein préliminaires, et vous pouvez décider de laisser le reste à l’imagination de votre lecteur, et donc éluder la suite en fermant une porte. Ou vous pouvez vouloir écrire tout l’acte sexuel, avec pénétration (ou pas, d’ailleurs) et tout et tout, jusqu’à vous étaler sur la puissance de l’orgasme final. Ou n’écrire que l’orgasme, tiens, c’est amusant aussi.
En clair : vous êtes libre d’aller aussi loin ou aussi peu loin que vous voulez dans l’écriture de votre scène. Ne vous collez pas absolument aux « codes » du genre, ou à ce que les autres auteurs font. La romance change, et avec elle les codes de l’érotisme explosent !

3 – Quel Point de Vue ?
Si vous écrivez votre histoire à la première personne du singulier, la question ne se pose pas. « Je » reste « Je ». Encore que… Si vous alternez les personnages narrateurs à chaque chapitre, prenez soin de ne pas changer en cours de scène.
La scène érotique doit être traitée comme une scène d’action. En ce sens, le lecteur doit être pris dedans, happé par ce qui se passe dans ces pages-là, sans pouvoir s’arrêter au milieu. Alors si vous lui changez tout à coup de narrateur, il va avoir un instant de doute, et là, patatra, plus de magie ! C’est comme rater sa mayonnaise ou penser à ses courses en faisant l’amour : ça casse tout.
Choisissez donc un point de vue unique pour toute la scène. Si vous écrivez au « je », ne changez pas de narrateur en route. Si vous écrivez à la troisième personne du singulier, décidez de quel personnage vous voulez que le lecteur se sente le plus proche.
Un nouvel exemple concret, tiré directement de mon manuscrit en cours : Dans une scène, je désire que la lectrice s’identifie au personnage féminin. Cette dernière s’offre le délire de pratiquer une fellation sur un pompier en uniforme. Le point de vue principal sera donc le ressenti et le vécu du personnage féminin. Ce qu’elle voit, ce qu’elle a envie, ce qu’elle fait… Le pompier, lui, sera décrit d’après ses yeux à elle. Idem de ses réactions et actions.
Mais j’aurais aussi bien pu inverser les points de vue ! La décision appartient à l’auteur.

4 – Quel mots ?
Là, c’est le ton général de vos chapitres précédents qui va vous guider.
Car il existe beaucoup plus que cinquante nuances d’érotisme. Cela va du « cru » au « délicat ». Mais entre bite, chatte, cul, couille… et muscle d’amoûûûr, mont de venus, bouton de rose… il y a un monde de possibilités !
Choisissez donc votre champ lexical, et tenez-y. Plutôt soft ou plutôt hard ? Plutôt au milieu, avec des touches de ça et ça? Dans tous les cas, sachez qu’on peut raconter des actes hyper sadomasochistes avec des termes maniérés, et une première fois en missionnaire avec des mots vulgaires.
Ensuite, pendant la phase d’écriture (ou de relecture), faites attention aux répétitions. C’est déjà gênant dans la globalité d’un livre, mais alors dans une scène d’amour ! Les répétitions sont inévitables dans la longueur. Il faut juste veiller à ce qu’elles ne soient pas trop rapprochées.
Là, en l’occurrence, votre plus grand défi sera les synonymes. Trouver d’autres mots pour définir une poitrine ou une bouche, par exemple, n’est pas une mince affaire !
Je me souviens, avec malice, du jour où j’ai cherché des synonymes pour un « plug anal »…

5 – Votre scène a-t-elle un thème ?
Voilà un truc qui peut vous aider pour le point numéro 4 d’ailleurs !
Une scène d’amour peut être « vue » de différentes façons. On constate ça très bien au cinéma : il arrive que ça soit mis en scène comme un combat, un naufrage, un envol, une symphonie…
Là, vous n’avez pas le support de l’image, mais vous avez celui de l’imaginaire. Le lecteur « visualisera » votre scène en fonction de ce que vous lui décrirez.
Reprenons les comparaisons de cinéma. Si votre scène est torride et conflictuelle, vous pouvez alors l’écrire comme une scène de lutte. Vous utiliserez tout un tas de mots liés au combat. Vos personnages, du coup, seront aussi plus guerriers. Ça n’est plus du sexe, c’est une joute, un corps à corps, un rapport de force. De pénétration à empalement, il n’y a qu’un pas dans le vocabulaire.
Un thème n’est pas obligatoire, mais si vous en avez un, qui colle à ce que vous écrivez, il vous sera précieux pour trouver des métaphores en guise de synonymes.
Le choix est vaste : la peinture, la musique, la géographie, la gastronomie, les sports … vous voyez ce que je veux dire ?

6 – Est-ce crédible ?
Alors là… Comment dire… si vos personnages enchainent des caresses ou des positions sexuelles abracadabrantes, votre lecteur va rire.
Votre scène de sexe veut émoustiller un peu l’imaginaire (et plus si affinité) de la personne qui vous lit, et pour cela il faut que cela soit un minimum réaliste. Disons anatomiquement possible.
Pour que votre scène soit crédible, il faut donc que l’action en elle-même soit réalisable, mais aussi que l’ambiance le soit. Pensez aux cinq sens et aux trois dimensions. Ne vous focalisez pas QUE sur les actions, mais aussi sur le ressenti. Vos personnages sont des êtres : ils vivent, vibrent, aiment, détestent. Que sentent-ils, que goutent-ils, qu’entendent-ils ?
Comment est la pièce dans laquelle ils se trouvent ? Ne noyez pas le lecteur dans des détails mais donnez-lui des indications sur les lieux. Toujours dans le but de le guider à s’imaginer la scène.
Et enfin, à moins que vous écriviez un texte futuriste ou historique, nous sommes au 21e siècle, et de nos jours, quand vous avez un rapport sexuel avec un partenaire occasionnel (ou que vous n’êtes pas dans une relation établie), vous utilisez un préservatif. Vos personnages doivent en faire de même !
Non, ça ne casse pas la scène du tout. Ça la rend encore plus réelle, au contraire. Et le préservatif est un accessoire qui s’insère (haha !) très bien dans un texte érotique. Vous pouvez en faire juste mention, le sous-entendre, ou le décrire. Vous pouvez en faire un accessoire à part entière de votre scène d’amour. Mais mettez-le.
Pas sur vos doigts, hein, sur vos persos ! 😉