Un été de dédicaces, romancière fourmi

Je n’ai pas chanté tout l’été… C’est le moins qu’on puisse dire !

Dès mon retour du Portugal, mi-juillet, j’ai couru de dédicaces en librairies en marchés nocturnes. Les gens de mon coin ne m’ont jamais autant vue.
« Ah bon ? Vous habitez la ville ? C’est fou j’ignorais que l’on avait des écrivains ici ».
Ce qui est fou c’est le nombre de fois que l’on m’a dit ça cet été… Notez, je passe beaucoup de temps dans mon bureau, et il est rare que j’aille vendre mes livres moi-même en chair et en os, alors c’est assez logique.
Oui, parce que sous le terme générique de dédicaces, je parle souvent de stand où je présentais, dédicaçais et vendais mes romans, toute seule comme une grande. Et quelle aventure !

Inspirée par des auteurs rencontrés en mai et réunis dans l’Union des Auteurs et Créateurs d’Art du Languedoc Roussillon, que j’ai ralliée depuis, je me suis équipée pour la vente. Table pliable, chaise, valise à roulettes pour transporter les livres, fond de caisse, présentoir à bouquins, nappe en satin… J’ai même un boîtier pour les règlements CB ! héhé

J’avais pris mes dispositions, programmés les marchés créateurs et les dédicaces chez les libraires autour de moi. Du coup, hop, dès l’été et le début des réjouissances, j’étais parée.

Et ce ne fut pas triste…
J’ai beaucoup appris en techniques de vente, en présentation d’auteur, en résumé de livres, et sur les gens.
On ne vend pas un livre comme on vend du saucisson. Je suis romancière, qui plus est, pas commerciale. Alors il y a le juste milieu à trouver pour susciter l’intérêt. Je n’étais clairement pas préparée à cet aspect-là. Mais en observant les autres faire, ceux qui vendent comme ceux qui ne vendent pas, j’ai appris.

Rien à voir, franchement, avec les séances de dédicaces du Festival du Roman Féminin, où les lectrices me connaissaient déjà, ne serait-ce que de nom.
Là, je devais faire mes preuves ! Attirer la curiosité des gens vers mes livres et ma démarche. Essuyer les plâtres aussi…

« Racontez-moi votre livre », m’a-t-on demandé.
Ah ! Exercice difficile, hein ? Je l’ai déjà écrit, résumé, mis en page, autoédité, et en plus il faut que je donne envie de l’acheter ?!

J’ai aussi beaucoup entendu des « moi aussi j’écris un livre ». On dirait que TOUT le monde écrit !
La vérité c’est que de nombreux Français ont un projet de roman ou d’autobiographie, mais peu s’attellent vraiment à la tâche jusqu’au bout. Je sais combien c’est difficile de finir un manuscrit…
Hé ! Écrire, Messieurs Dames, c’est du travail. C’est même un métier ! 😉

 

Blague à part, il y a une chose qui m’a dramatiquement marquée cet été, et que je ne peux pas passer sous silence : ce sont les hommes.
Pas tous, non. Les lecteurs sont souvent bienveillants. Mais il se passe un phénomène spécial, quand des hommes rencontrent une jeune femme « exposée » sur la voie publique : ils se sentent, souvent, en droit de faire de la séduction.
Séduction gentillette, la plupart. Séduction lourde parfois. Carrément effrayante aussi.
Pour le premier cas, c’est de l’ordre du jeu. C’est charmant, au début. Puis quand c’est le dixième gars à vous faire du plat alors que vous êtes assise (coincée) sur votre chaise derrière un stand à sourire comme une idiote à tout le monde, vous n’en pouvez plus.

Je suis très apprêtée, comme nana. Je suis coquette, j’assume, alors oui, j’ai mes robes vintage, une fleur dans les cheveux et du rouge à lèvres. Je sais que je suis « charmante », merci c’est adorable. Mais on ne pourrait pas s’intéresser plutôt à mes livres ?

C’est paradoxal. J’en ai parfaitement conscience. Après tout, mon image d’auteure est un fort argument marketing dans mon début de carrière.
Mais là… c’était juste trop.
Trop tout le temps, trop exposée, trop sollicitée, trop draguée, trop mise en danger. Au bord du harcèlement, en fin de compte.
J’ai eu quelques fois cette sensation sale et moche, après des heures de signatures, qui m’a fait pleurer.

J’ai même eu recours à des stratagèmes.
J’ai porté mes lunettes (et là on m’a proposé des rencards hyper sérieux !) , une fausse alliance (tout le monde s’en fout) , pas de rouge à lèvres (ça n’a rien changé)… Je ne pouvais pas me résoudre à cesser de sourire. Ce malaise devait absolument passer, car les hommes ne sont pas méchants, que diable !

Et au final, j’ai trouvé : j’ai ouvert un cahier.
J’écrivais sur mon beau cahier, tout en saluant absolument tout le monde poliment. Quoi de plus logique pour une écrivain que d’écrire ?
Et là, miracle, les hommes ne me faisaient plus de gringue. Les gens s’arrêtaient volontiers pour parler, et feuilleter mes romans. Et les acheter. Cela n’a eu absolument aucune influence négative sur mes ventes. Et le rapport humain était enfin dénué de séduction.

Cela étant dit, voilà qui m’a définitivement convaincue d’embrasser le virage de la Romance !
Exquise et La Panthère Noire ont un lectorat masculin important. Ça ne sera plus le cas avec mes prochains ouvrages, au public à 99 % féminin. Tant mieux !

 

Je vous ai parlé de mon malaise, mais il y a eu aussi de chouettes rencontres. J’ai ainsi fait équipe avec un gentleman, auteur de deux romans, et vendeur hors pair, tout l’été : Guillaume Kosmowski !

Entre auteurs nous nous sommes offerts des bouquins, et ses deux livres sont désormais sur ma pile à lire.
Je vous en ferai la chronique dans quelques mois, étant donné mon rythme, haha!

Je remercie les auteurs de l’UACALR et Guillaume pour leur aide et leur soutien précieux. Ce fut un été intense. J’ignore si je recommencerai l’année prochaine, mais en tout cas je suis armée désormais !

Je remercie également tous les nouveaux lecteurs et lectrices, de lire mes romans, et de m’avoir raconté ensuite comme ça leur a plu.

Maintenant pardonnez-moi, mais je vais m’enfermer dans mon bureau jusqu’en décembre, hein !
La création est solitaire et les romans ne s’écrivent pas tout seuls 😉